Les tribus des Plaines.3.


Dans notre  imaginaire, l'Indien  des Plaines coiffé de plumes, à califourchon sur un cheval monté à cru, est l'Indien type.

Mais pour s'en tenir à la réalité historique, la culture des Plaines dont l'agent catalyseur fut le cheval, n'apparut  qu'au milieu du XVIII. Avant l'arrivée du cheval, la subsistance des Indiens des Plaines était basée sur la culture du maïs, du haricot, de la citrouille.

La chasse au bison qu'ils faisaient, une fois par an environ, à pied, était une entreprise difficile, risquée et n'était qu'un ajout supplémentaire. Tout changea avec l'arrivée du cheval. La race s'était éteinte depuis longtemps sur le continent quand arrivèrent les Espagnols. Certains de leurs chevaux s'échappèrent et proliférèrent: les troupeaux se répandirent dans les Plaines. (mesteños sauvages)  = mustang)
 

Avec le cheval commença une nouvelle civilisation basée sur la chasse au bison; on abandonna l'agriculture. Jamais nul cavalier ne sut monter à cheval, avec l'adresse, le talent des Indiens. A cheval , ils terrorisaient; on les prenaient pour des démons. 

Les Plaines devinrent un creuset pour 30 peuples différents appartenant à 5 souches linguistiques. Vers 1800, les différences culturelles entre des tribus qui, à l'origine, pouvaient être séparées par plus de 3000 kilomètres, disparurent. Cette homogénéité, vite réalisée, se fit naturellement, sans être imposée par une tribu plus puissante. Comme elles n'avaient pas de langue commune, elles inventèrent le langage par signes. 
 

 

Toutes ces tribus venant de cultures différentes apportèrent chacune sa propre contribution  pour créer, presque du jour au  lendemain une culture flamboyante, superbe , d'une incroyable richesse artistique, spirituelle. Elle  formèrent ce qu'on nomme des " tribus composites" dont les membres étaient liées par des " sodalités" ou associations fraternelles , en particulier des sociétés guerrières. Seuls les plus braves  pouvaient appartenir à la société des Contraires. Les Contraires faisaient tout à l'envers, il  disaient non  quand ils voulaient dire oui. S'en allaient quand on les appelait, etc...
                          
Un Contraire (film Little Big man


Les Indiens des Plaines ne se battaient pas pour gagner de nouveaux territoires ou pour réduire d'autres tribus en esclavage. La guerre était une sorte de rituel (// la chevalerie médiavale ) pour voler des chevaux ou simplement pour faire des exploits, qu'on appelait " des coups. Il suffisait par exemple  de toucher un ennemi sans le blesser.

L'exploit le moins valorisé était de tuer. Chaque coup donnait droit à une plume d'aigles pour orner sa coiffure. Les scalps ( sans doute introduits par les Blancs),avaient peu d'importance. Ils ne torturaient pas leurs prisonniers mais le tuaient rapidement  La coutume blanche de la pendaison  leur semblait barbare. 
 

Les Indiens des Plaines du temps de leur splendeur étaient riches, grâce aux chevaux et aux fusil mais il ne lui accordait aucune importance matérielle à cette  richesse;  elle était une autre façon de compter les coups.
 

Nulle tribu en Amérique du Nord n'attacha autant d'importance à la quête de visions et aucune tribu  ne provoquait avec autant de raffinement la douleur dans son propre corps. Et cette quête mystique devint de plus aiguë , à mesure que la menace de leur future disparition se faisait plus sensible, condamnés qu'ils étaient par la " destinée manifeste" 


 

Malgré le tableau qu'on a voulu faire de la grande épopée américaine, il y eut peu de combats formels. Ce fut une succession de ratissages. Ni les morts, ni le souffrances ne furent épargnées aux Indiens des Plaines avant de toucher à leur fin catastrophique. Ils moururent de faim, de froid, décimés par les épidémies, ou massacrés. Washington avait prévues pour eux. 


La  brillante civilisation des Plaines

L'expédition Lewis et Clark  de 1804 à 1860  avait été la première expédition américaine à traverser les Etats-Unis jusqu'à la côte du Pacifique.

C'est grâce aux tableaux laissés par deux peintres, Georges Catlin et Charles Bodmer que nous pouvons aujourd'hui imaginer ce qu'elle fut. L'Ouest, qui a fait leur renommée , leur doit, en retour, une partie de sa gloire, de sa légende. C'est à leurs oeuvres que nous devons la nostalgie que nous éprouvons à son endroit comme si nous l'avions connu. 

 

C'est par hasard que Catlin rencontra ses premiers Indiens. L’expansion du commerce signifiait entrer en contact avec les Indiens du Far-West pour s'assurer de leur coopération ou au moins de leur non-agression. Régulièrement, des députations indiennes se trouvaient à Washington pour de telles négociations  
 

 

Le jeune Catlin croisa l'un de ces groupes à Philadelphie:

 «
À ce moment-là une délégation de dix à quinze Indiens au maintien empreint de noblesse et de dignité, venus des profondeurs du Far-West, apparut brusquement en ville ; ils portaient leurs vêtements d'apparat et leurs accessoires traditionnels, boucliers et coiffes, tuniques et capes, le tout teinté et garni de franges, exactement ce qui convenait à la palette d'un peintre »

Cette vision va décider du projet de toute une vie.


Catlin est né en 1796 en Pennsylvanie. Dès l'enfance, il a été bercé par les récits de sa mère sur l'époque de la guerre d'indépendance américaine. Passionné de littérature classique, il compare volontiers ces Indiens aux anciens héros de la Grèce et de Rome. Peu à peu, il s'engage dans une carrière de portraitiste et de miniaturiste sur ivoire mais ce travail conventionnel l'ennuie.

En 1826 à Buffalo, il fait son premier portrait d'Indien, celui du chef Seneca Red Jacket, enregistrant l'expression amère, remplie de haine, du vieil homme imbibé de whisky, à l'oreille cassée, à la paupière tombante.
  


Red Jacket

Son projet est clairement défini
: « Depuis de nombreuses années j'admire les nobles races de Peaux-Rouges qui sont aujourd'hui dispersées dans les forêts sans chemins et les prairies immenses, et dont le nombre se raréfie à l'approche de la civilisation (...)

Je vole à leur secours, non afin de sauver leur vie ou leur race car ils sont fatalement condamnés à périr, mais pour sauvegarder leur apparence et leurs modes de vie.(...) Dans ce but, j'ai projeté de me rendre au sein de toutes les tribus indiennes du continent, si Dieu me prête vie. J'ai l'intention d'exécuter les portraits d'Indiens éminents des deux sexes dans chaque tribu en les représentant dans leur tenue traditionnelle, ainsi que des études de leurs
. villages, de leur vie quotidienne, de leurs jeux, rites et céré­monies religieuses, etc., accompagnés d'anecdotes, de traditions et de l'histoire de leurs nations respectives. »

 Son projet utopiste et naïf était de faire connaître le sort des Indiens à l'opinion publique qui, à son tour, pousserait le gouvernement à établir un « parc de la Nation » dans l'ouest, pour les protéger de la rapacité des Blancs, ce qui leur permettrait  de vivre dans un environnement naturel intact:


 " C'est pour ces gens inoffensifs qui n'enfreignent aucune loi, à ce jour encore épargnés par les vices de la société civilisée, que je veux crier au monde qu'il est temps, pour l'honneur de notre pays, pour l'honneur de chacun des citoyens de notre république et pour l'humanité elle-même, que notre gouvernement lève un bras ferme pour sauver ceux qui restent du fléau qui rapidement fond sur eux. Nous leur avons pris assez de terres." 

 



 Bien évidemment, Catlin ne sera pas entendu: l'heure n'était pas à la compassion mais à l'expansion. Malgré des expositions, un succès de curiosité, surtout en Europe, et la considération de personnalités comme George Sand, Victor Hugo, Eugène Delacroix, ou le scientifique von Humboldt, et la critique favorable de Baudelaire, le sénat américain refusera d’acheter la collection.                                                

Le second Charles Bodmer, né à Zurich en 1809, est mort à Barbizon en 1893. De 1832 à 1834, il accompagna le prince allemand naturaliste et ethnologue, Maximilien Alexander Philipp zu Wied-Neuwied en Amérique  du Nord  lors une expédition qui durera 28 ces mois, ils vont longer les rives de l'Ohio, du Missouri et du Mississipi.


Bodmer, alors âgé de 23 ans, peindra de nombreuses aquarelles qui
façonneront l'image que les Européens se feront des Amérindiens. Les lithographies de Bodmer, éditées par les Editions Arthus-Bertrand à Paris, sont toujours une source d'informations importantes pour les Indiens désireux de retrouver des traces de leur passé.



Parfaitement à l'aise dans la reproduction des paysages, Bodmer était cependant peu familier avec la technique des portraits. Son rôle fut pourtant de peindre en détail la manière de vivre, les habitudes et les coutumes des Indiens. 

L'expédition suivit à peu près la route qu'avait empruntée Catlin  un an auparavant et pénétra dans l'Ouest encore sauvage. Bodmer immortalisa les évènements survenus au cours de l'expédition depuis le Nebraska en passant par le Dakota du Sud et du Nord, le Montana puis le Wyoming. 

Les membres de l'expédition passèrent l'hiver 1833-1834 à proximité des villages Mandan-Hidatsa où il put travailler sur ses nombreux portraits et vivre la vie communautaire des Indiens. 

Lui et les membres de l'expédition eurent donc l'occasion unique de rencontrer "les Indiens des plaines au temps de leur dernière splendeur".,Grâce à son son sens de l'observation et à son goût du détail, il a laissé un extraordinaire témoignage sur les costumes, les armes, les outils et les moeurs des ces tribus à jamais disparues. 

L'expédition se déroula à une époque charnière. Vingt  plus tard, les Indiens auront disparu des rives du Missouri. Ouest``

Préoccupés, —au-delà de tout  esthétisme— de fixer sur la toile ce que les Indiens montraient de leur vie, ils ont été les « photographes » de peuples que, sans eux, il nous faudrait  imaginer par le seul recours aux témoignages écrits.

En effet , une épidémie de variole devait proprement anéantir les Mandans en 1837. Ils auraient donc  disparu des mémoires, si Catlin ne s'en était allé les voir cinq ans plus tôt.Outre la qualité esthétique indéniable de leur production, ces explorateurs artistes ont fait œuvre scientifique en jetant les bases de l'ethnographie américaine.
 

 Précédant l'invention de la photographie, leurs tableaux demeurent les premiers témoignages visuels authentiques sur le Far -West et ses habitants avant 1840. 

D'évidence, les réalisateurs se sont largement inspirés des tableaux de Bodmer; il est impossible de ne pas sentir la filiation existant entre ces aquarelles et de très nombreux plans des westerns situés à cette époque.

 

 

 

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