Conférences littéraires
de Jacqueline
Baldran
Les Cheyennes du Sud
En 1851, par le traité de Fort Laramie avec les représentants
des Etats –Unis ils avaient accepté la contruction de routes et de forts. Mais ils ne renonçaient pas à leurs territoires de chasse. Ils entretenaient des relations pacifiques avec les Blancs.
Vers 1858, la ruée vers l'or amena des milliers d'hommes qui construisirent des petits villages puis la ville de Denver. Les Blancs posèrent des bornes pour délimiter
leurs ranchs sur des territoires appartenant par traité aux Cheyennes.
Les nouveaux venus étaient assez nombreux pour qui fût créé l'état du Colorado; afin de sauvegarder la paix, des représentants du gouvernement avaient négocié un nouveau traité. Les Indiens
avaient accepté de vivre dans un secteur bien défini délimité par Sand Creek et la rivière Arkansas. Il était impropre à l'agriculture et sans gibier mais ils gardaient toute leur liberté de
mouvement sur leur territoire de chasse. L'accord s'était terminé sur une grande fête, avec remise de médailles.
Tous les chefs de tribus n'avaient pas signé. Chaudron Noir et Ours chétif avaient été invités à Washington où le Président Lincoln leur avait remis des décorations et à Chaudron Noir un
immense drapeau des Etats- Unis , avec les 34 étoiles. 
Chaudron noir
Les immigrants arrivaient toujours plus nombreux et il devenait de plus en plus difficile aux Cheyennes du Sud de chasser. Certains partirent rejoindre
les Cheyennes du nord. D'autres, comme les clans de Chaudron –Noir et Ours Chétif demeurèrent.
Ils commerçaient dans le Kansas quand ils apprirent que des Cheyennes avaient été attaqués, , ils partirent pour leur porter secours. Sur leur route, ils croisèrent un détachement de soldats.
Ours- Chétif voulut leur faire savoir qu'ils étaient "pacifiques". A peine se fut –il avancé, en hissant bien haut son drapeau blanc que sur un ordre lancé, les soldats le criblèrent de
balles.
Les Cheyennes commencèrent à se battre à coups de flèches et à poursuivre les soldats jEn vain Chaudron – Noir tenta-t-il de les calmer. Il pleurait son vieil ami Ours Chétif et voulut
comprendre pourquoi on les avait attaqués.
Les Cheyennes du sud avait un vieil ami, William Bent, qui avait épousé une Cheyenne; leur deux fils métis vivaient souvent avec les Indiens. Bent leur expliqua
qu'il y avait eu des incidents et que le colonel Chivington avait donné de '" tuer les Cheyennes chaque fois et où que ce soit qu'on en rencontrât."
Chaudron Noir était âgé, il ne voulait pas la guerre " je n'ai ni l'intention , ni le désir de
combattre les Blancs; je souhaite vivre en paix avec eux".Ce fut le message que W.Bent se chargea de transmettre à Chivington. Il en fit, plus tard, le témoignage sous
serment.
John Evans, gouverneur du Colorado, voulait « ouvrir le territoire à la civilisation et au développement ; c'est pourquoi faisant le silence sur les violations du traité, il répondit que " Le Père de tous " est irrité et exige que les Indiens pacifiques se retirent loin de tous les accrochages "pour être en
sécurité "et qu'ils se réfugient dans leur réserve de Fort Lyon .
Bent transmit ce message , mais il n'atteignit pas toutes le tribus
éparpillées alors, sur leurs territoires de chasse.
Puis comme les troubles persistaient, un nouveau décret déclara " hostiles '"tous ceux qui n'auraient pas obéi sans délai et en ce cas on avait le droit de les tuer". Dans ce
but, il avait levé, au cours de l’hiver 1863, une milice qu’il avait placé sous les ordres du colonel M.
Chivington, connu pour la haine des Indiens.
Chaudron Noir se tenait à l'écart du conflit.
Ayant appris que des bandits avaient enlevé 4 jeunes garçons, il les racheta en leur donnant trois de ses poneys afin de les rendre à leur famille. Il demanda au fils de W. Bent
d'écrire d'une part pour prévenir de la présence de ces enfants, et parce qu'il voulait que sa tribu fût accompagnée par un détachement de l'armée jusqu'à leur réserve.
Deux Indiens apportèrent la lettre au fort Lyon et la remirent au major Wynkoop. Il accepta de très mauvais gré d'accompagner les deux Indiens mais il changea d'avis en cours de route . " J'avais
le sentiment de me trouver en présence d'être supérieurs ; ils étaient les représentants d'une race que j'avais considérée, jusqu'ici, sans exception, comme cruelle, déloyale,
incapable d'éprouver de l'affection pour des amis, ou leurs semblables "
Il allait désormais faire partie leurs amis les plus sûrs. Les voyageurs rejoignirent les Indiens; ils débattirent ensemble de cette protection que demandait Chaudron Noir et au terme des débats, le vieux chef indien déclara avec" un imperceptible sourire"
" Il y a de mauvais Blancs et de mauvais Indiens Je suis hostile à la guerre mais je crois néanmoins que ce sont les Blancs qui
sont à blâmer. Ils ont commencé la guerre et forcé les Indiens à se battre "
Wynkoop se rendit auprès du général Evans et insista pour qu'il rencontrât les
Indiens "Mais que ferai – je du 3ème régiment du Colorado, si je conclus la paix. Les soldats ont été formés à tuer des Indiens , il faut qu'ils continuent à tuer des Indiens "
Èn fait il était soumis à la pression des citoyens du Colorado.
Les Indiens avaient parcouru 600 kms pour venir jusqu'à lui ; il dut les rencontrer mais l'entrevue
se passa fort mal le colonel les accusa de méfaits qu'ils n'avaient jamais commis et ils furent confrontés au colonel Chivington qui haïssait les Indiens. 
Le colonel Chivington
Cependant, tous les Cheyennes, y compris le vieux chef Antilope Blanche, firent preuve d'une patience angélique.Wynkoop, trop favorable aux Indiens avait compromis
définitivement sa carrière. Il fut relevé de son poste de commandement et remplacé par Antony.
Méfiant à son égard, Chaudron Noir vint cependant le voir. Il lui conseilla de s'installer à Sand Creek où ils seraient sous la
protection de Fort Lyon.
.
Peu après arrivèrent les renforts qu' Antony avait réclamés. Leur commandement de Chivington commença à parler de " collectionner les
scalps. "Certains gradés, dont le capitaine Silas Soule, protestèrent en disant " que ce serait un meurtre et qu'une telle vilenie déshonorerait l'uniforme "
" Maudit soit tout homme qui sympathise avec les Indiens. J'ai décidé de tuer les Indiens et je crois qu'il est juste et
honorable d'employer tous les moyens possibles "lui répondit -il . Il fallait obéir ou passer en cour martiale ". Mais déjà il avait dit :" Il faut tuer et scalper tous les
Indiens , mêmes les bébés. Les œufs font des poux. "
Le 28 novembre le colonel Chivington et 800 hommes partirent de Fort Lyon. Le lendemain matin, Chivington
ordonna à ses troupes d'attaquer. Le capitaine Silas Soule refusa de suivre les ordres et demanda à ses hommes de ne pas ouvrir le feu.
Les Indiens, confiants n'avaient même pas postés de gardes de nuit. Dans les tentes au centre du camp, il dormaient encore quand des bruits, des pas de gens qui couraient dans tous les sens les
réveillèrent. Des femmes, des enfants hurlaient de terreur et cherchaient protection en se réfugiant autour de Chaudron Noir.
Antilope Blanche, un homme de 75 ans, au visage buriné par le soleil et les intempéries, était persuadé que les soldats cesseraient de
tirer quand ils verraient le drapeau américain. Il guida son cheval vers les soldats s'avança. Quand il comprit qu'il s'était trompé, il s'arrêta et avant d'être abattu, il
croisa les bras et entonna son chant de mort : 'Rien n'est éternel. Sinon la terre et la montagne."Il fut immédiatement abattu.
Et ce fut l'horreur. Un régiment parfaitement discipliné aurait anéanti tous ces Indiens sans défense, mais les soldats encore sous les effets de l'alcool qu'ils avaient bu pendant leur chevauchée nocturne furent de piètres tireurs et de nombreux Indiens, même blessés, parvinrent à fuir. Parmi eux Chaudron Noir et quelques autres qui en se réfugiant dans un ravin réussirent à échapper au massacre.
L'attaque terminée, les soldats mutilèrent les cadavres Chivington et ses hommes s'emparèrent des vêtements des victimes se parèrent de scalps et différents morceaux humains, y compris des organes génitaux, avant d'aller afficher publiquement ces trophées de au saloon de Denver.
Chivington déclare que ses troupes avaient combattu dans une bataille contre des indiens hostiles;
l'action fut d'abord célébrée comme une victoire. 
Lorsque Chivington rédigea son témoignage il affirma avoir tué des guerriers. Cependant, le témoignage de Soule et de ses hommes contre Chivington obligea à ouvrir une enquête. Il passa devant la
cour martiale. Il dénonça Soule comme un menteur, et celui-ci fut assassiné plus tard par un homme qui avait servi sous le commandement de Chivington à Sand Creek. Certaines rumeurs de l'époque
impliquèrent Chivington dans cet assassinat .
Il fut condamné pour sa participation à ce massacre, mais il avait quitté l'armée, et l'amnistie
générale qui succéda à la guerre de Sécession mit un terme à toutes poursuites.Toutefois, un juge de l'armée déclara
publiquement que Sand Creek était « une lâche boucherie
exécutée avec sang-froid, suffisamment pour couvrir ses auteurs de l'indélébile infamie, et de honte et d'indignation le visage de chaque Américain. " L'indignation publique fut intense
face à la brutalité des massacres et à la mutilation des cadavres.
Quelques heures de folie avaient suffit pour miner l'autorité des survivants qui avaient défendu la paix. Les fils de Willam Bent renièrent la race de leur père et leur mère le quitta car il lui
était impossible désormais de vivre avec un homme blanc.
Les Cheyennes se scindèrent en deux groupes. Les jeunes guerrier partirent vers le Nord, rejoindre leurs cousins Cheyennes du
Nord et les Sioux dans un pays qu'ils ne connaissaient pas. Ils furent accueillis chaleureusement et se retrouvèrent près de Nuage–Rouge. Ils étaient plus de 8.000 et avec Sioux et les
Arapahos, ils ne faisaient plus qu'un groupe uni. Désormais leurs combats vont se
confondre avec ceux des Sioux
Chaudron noir et son clan partirent pour l'Arkansas; les Cheyennes avaient été chassé du Colorado, mais la ville de Denver se trouvait en territoire cheyenne. William Bent qui fit l'impossible pour sauvegarder leur territoire de chasse; il transmit leur message:
" Ce sera chose très pénible pour nous de quitter le pays que Dieu nous a donné …Il y eu Sand Creek tant de nos amis y sont morts . Notre camp a été anéanti, nos chevaux volés, .."
Réponse fut : "Nous comprenons mais malheureusement pour vous de l'or a été trouvé dans ce pays et est accourue une
foule d'hommes blancs. Vous seriez victimes d'abus, vous reprendriez les armes "
Leur vieil ami Winkoop fut nommé agent de leur réserve, et ils connurent quelques jours heureux. Sachant que les jeunes guerriers encouragés par les victoire de Nuage Rouge eux voulaient se
battre , `Chaudron Noir réunit son Conseil et décida de s'éloigner.
Inquiets des rumeurs qui circulaient, les chefs se rendirent à 160 kms de là, au Fort Cobb pour demander la
permission de s'installer à proximité pour être protégés. Le général Hazen refusa et les assura que leur peuple ne serait pas attaqué alors qu'il était au courant des plans de guerre
qu'échafaudait le Général Sherman.
Chaudron Noir mit son peuple en garde mais en vain. Un mati, surgissant du brouillard, des quatre
directions à la fois surgirent les colonnes de soldats et ce fut la même horreur qui se reproduisit . Et cette fois Chaudron Noir fut tué.`
massacre de Washita
Ce
fut le massacre de la Washita River. Sheridan se vanta d' avoir écrasé Chaudron Noir qui avait refusé de faire sa soumission. "
Les survivants arrivèrent à pied au fort Cobb. L'un des chefs rencontra Sheridan pour lui dire qu'ils se soumettaient " nous sommes de bons Indiens ", dit il .
" Les seuls Indiens bons que j'aie jamais vus étaient des Indiens morts " lui aurait -il
répondu.
Antilope Blanche, Ours Chétif, Chaudron Noir et bien d'autres étaient morts; Ils étaient devenus de bons Indiens.
L'exode des Cheyennes du Nord . Cet épisode plus tardif ( 1877) se situe après la défaite finale des Sioux. Ce fut une incroyable épopée. ( voir le film de John Ford ) C'est avec la fuite des Nez Percés de Chef Joseph, l’une des actions les plus héroïques accomplies par les Indiens.
En 1877, les Cheyennes espéraient rester avec leurs amis Sioux, mais ils furent envoyés en Territoire Indien, sur la réserve des Cheyennes du Sud dans l’actuel
l’Oklahoma. On leur promit que si la réserve ne leur convenaient pas, ils pourraient repartir.
H abitués aux
plaines verdoyantes et fraîches, aux collines boisées du Montana, ils ne pouvaient s’habituer aux étés brûlants de l’Oklahoma et aux déplorables conditions de leur détention.
Le lieutenant Lawton, qui leur rendit visite, écrivit dans son rapport en septembre 1877 : "Ils ne reçoivent pas assez de provisions pour échapper à la famine ... Ils ne gardent pas pour eux le
peu de denrées que j'ai vu leur être distribué, mais le donnent à leurs enfants qui réclament à grands cris de quoi manger. La viande de bœuf qu'on leur sert est de très mauvaise qualité et ne
peut être considérée comme comestible ni propre à aucun usage".
Ils souffrirent bie ntôt
de malaria et au printemps
suivant, une cinquantaine de leurs enfants avaient succombé à une épidémie de rougeole. Ils avaient aussi la nostalgie de leurs riches prairies du Montana. La vie était intenable et à
la fin de l’été 1878, les chefs Couteau Emoussé et Petit Loup firent part à l’agent Miles de leur volonté de retourner au Montana. L’agent alerta ses supérieurs qui ne répondirent
pas. Ils décidèrent alors de s'enfuirent dans la nuit du 9 septembre 1878.
De tous les forts de la région, deux mille soldats affluèrent pour leur couper la route. Ils furent interceptés par une unité du 4ème régiment de cavalerie. Après un
vif échange de coups de feu, les soldats abandonnèrent le terrain et se replièrent sur Fort Reno.
Neuf mille soldats, sous les ordres du général George Crook, furent amenés par chemin de fer. Trois mille
miliciens rejoignirent les forces armées pour traquer les trois cents Cheyennes qui comptaient moins de cent hommes en état de combattre. Les Indiens, qui évitaient à tout prix l’affrontement avec les Blancs,
parvinrent à se glisser à travers le plus imposant dispositif militaire jamais mis en place par l’armée américaine. Au Kansas, ils capturèrent des chasseurs de bisons qu’ils laissèrent repartir
après les avoir délesté de leurs armes et de la viande qu’ils avaient. Parfois, des guerriers quittaient le convoi et revenaient le lendemain avec des chevaux, un fusil, quelques provisions.
Ils franchirent l’Arkansas. Le 26 septembre, ils furent attaqués par les soldats
qui abattirent plusieurs de leurs chevaux mais ils parvinrent une nouvelle fois à décrocher en protégeant les femmes et les enfants. Désormais, certains durent aller à pied. Ils se
trouvèrent arrêtés par la Kansas Pacific Railroad qui coupait la route. Ce passage était particulièrement risqué car des soldats circulaient en permanence le long des voies. Poutant les
trois cents Cheyennes passèrent dans un silence absolu, avec leurs chevaux et leurs enfants pendant la nuit du 29 septembre. Puis ils traversèrent la South Platte le 4 octobre. Ils voyageaient
dans un pays maintenant largement occupé par les Blancs: les ranchs, les fermes, le clôtures étaient autant d’obstacles redoutables. Le général Crook ordonna à toutes les troupes disponibles
d’arrêter les fuyards qui venaient de s’engager dans le désert de sable du Nebraska. Epuisés, affamés, ils cherchaient seulement à échapper aux forces qui les traquaient Pour donner de
meilleures chances à ceux qui semblaient en état d’atteindre le Montana, ils décidèrent de se séparer.
Tandis que Petit Loup poursuivait sa route vers le
pays cheyenne, Couteau émoussé avec les plus faibles, se dirigea vers Fort Robinson; ils croyaient y retrouver Nuage Rouge mais il avait été
transféré sur la réserve de Pine Ridge, à cent kilomètres de là. Ils passèrent deux mois à Fort Robinson, nourris, bien traités, ils reprirent des forces. Certains de leurs amis
lakotas furent même autorisés à leur apporter des vêtements et des couvertures dont ils manquaient cruellement. Ils réitéraient leur refus de retourner en
Oklahoma.
Le jour de Noël 1878, un ordre arriva de Washington : les Cheyennes devaient
retourner sans délai en Oklahoma. Ils refusèrent farouchement. Ils furent aussitôt consignés dans leurs baraquements et des gardes furent postés autour. On leur accorda quelques jours de réflexion. Ils avaient pris la précaution de ne pas se défaire de leurs armes et avaient démonté leurs fusils
pour les dissimuler, les femmes cachant les canons dans leurs vêtements. Dans les premiers jours de janvier, le capitaine qui commandait
le fort leur fit supprimer le chauffage, la nourriture et même l’eau.
Au soir du 9 janvier 1879, les Cheyennes prisonniers tentèrent une sortie
désespérée.Une cinquantaine, dont beaucoup de femmes et
d’enfants, tombèrent sous les balles des soldats. Quelques dizaines purent s’échapper. Le 23 janvier, trente-deux fugitifs furent cernés. Les cent cinquante soldats déclenchèrent un feu
d’enfer. Couteau émoussé et quelques survivants parvinrent jusqu'à la réserve de Nuage Rouge où ils furent faits prisonniers
Pendant ce temps Petit Loup et ses partisans passèrent l'hiver camouflés dans des tranchées, puis ils se remirent en route vers leur pays. Il se soumit contre la promesse que son peuple serait
épargné. Après des mois de démarches administratives, ils obtinrent tous, vaille que vaille, ce qu'ils attendaient . Mais pour la plupart d'entre eux, ces mesures venaient trop tard. C'en était
bien fini des " Beaux Cheyennes "