Juliette Récamier (II)Une éclatante maturité

 En septembre 1817, René et Juliette  se sont assez souvent revus pour qu'Adrien s'interroge sur la sincérité des sentiments de René car il a compris très vite que Juliette est profondément éprise. 

  Elle est si troublée qu'elle tombe malade et part se reposer à la campagne.

A son retour, elle s'installe dans un petit hôtel particulier, rue d'Anjou, où Chateaubriand vient la voir régulièrement. Elle confie son trouble à une chère amie anglaise, la duchesse de Devonshire, qui a peur pour elle, tout comme Mathieu et tous ses proches. 

Chateaubriand, qui avait été destitué de son poste de ministre et avait vu ses revenus considérablement diminués, décida de se défaire de La Vallée-aux-Loups.

                    



 En mars 1818, elle fut louée par Juliette et Mathieu. Il fallait toute la sainteté de Mathieu pour que cette cohabitation avec la plus belle femme de son temps ne fasse pas jaser.

Tout saint qu'il était, il osait émettre certaines réserves:  

"Je compte sur votre discrétion pour ne pas recevoir trop souvent l'ancien propriétaire."

Elle ne promit rien. 

Un an plus tard, Mathieu achètera La Vallée-aux- loups. Juliette ne pourra pas participer à l'achat mais elle y séjournera fréquemment.

Vivre à la Vallée-aux -Loups, se promener dans le parc, au milieu des arbres qu'il avait plantés, c'était retrouver l'âme de René.

                

A partir de 1819, quand les intimes de Juliette furent convaincus qu'elle était vraiment éprise de l'écrivain, ce fut  un concert de gémissements et de mises en garde.

Tous redoutaient le pouvoir destructeur de Chateaubriand sur l'harmonieuse personnalité de Juliette. Et, sans doute, comprenaient -ils  que Juliette avait cessé de leur appartenir, d'être totalement disponible pour eux.

C'est entre janvier ou mars qu'a commencé leur liaison. La police a intercepté un billet de Juliette, assez explicite, quand on connaît sa réserve :

"Vous aimez moins? Vous ne le croyez point, cher ami. Il ne dépend plus de moi, de vous, ni de personne de m'empêcher de vous aimer; mon amour, ma vie, mon coeur, tout est à vous" (20 mars 1819 .3 h de l'après -midi)

Sans doute se retrouvaient-ils à la Vallée aux Loups.

Alors que s'accomplit cette révolution dans la vie de Juliette, M.Récamier connaît une seconde faillite. Malgré les volontés de sa mère, clairement exprimées dans son testament, elle renfloue son mari et lui remet tout ce qu'elle possède. Tous ses amis s'efforcent de l'en dissuader, depuis " les pères nobles " jusqu'à Benjamin Constant.


 Elle sait parfaitement qu'elle met ainsi en péril son avenir et celui d'Amélie.

Elle n'est pas ruinée mais, plutôt, dans la gêne. Elle a vendu la maison de la rue d'Anjou dont elle était seule propriétaire et décide de s'installer, beaucoup plus modestement, rue de Sèvres, dans un appartement dépendant d'un couvent, dans ce lieu, depuis lors, indissociable de son nom : L'abbaye aux bois.



Elle ne s'est pas séparée de sa famille, elle s'en est seulement éloignée. Elle ne garde auprès d'elle qu'Amélie. Les pères nobles s'installent tout près, rue du Vieux -Colombier; ils viennent tous les jours dîner avec elle.

 

                                                                

 

 

Elle gère elle-même sa fortune.

A 42 ans, Juliette commence une nouvelle vie.

Au moment où elle décide de s'installer rue de Sèvres, seule est libre une petite "cellule", exiguë , incommode, au troisième étage, mais il est entendu qu'elle occupera un appartement plus grand, au premier étage, dès qu'il se libérera. 

Une seule pièce prolongée d'une alcôve, une entrée, un cabinet. De cette pièce si modeste, elle fait un lieu chaleureux, élégant, douillet. Le voilage des fenêtres est transparent et, de la fenêtre, la vue est ravissante: des arbres, des clochers.

Elle est entourée d'objets qu'elle aime, son piano, sa harpe, un guéridon sur lequel est posé un arbuste fleuri, sa méridienne, un portrait de Germaine de Staël. 




Chateaubriand se plaira à évoquer longuement cet "asile solitaire":

"Quand tout essoufflé, après avoir grimpé quatre étages, j'entrais dans la cellule aux approches du soir, j'étais ravi.La plongée des fenêtres était sur le jardin de l'Abbaye, dans la corbeille verdoyante duquel tournoyaient des religieuses et couraient des pensionnaires...Des clochers pointus coupaient le ciel et l'on apercevait à l'horizon les collines de Sèvres. Le soleil couchant dorait le tableau et entrait par les fenêtres ouvertes. Madame Récamier était à son piano; l'angélus tintait; les sons de la cloche, qui semblaient pleurer le jour qui se  mourait ...Quelques oiseaux se venaient coucher dans les jalousies relevées des fenêtres...Dieu, en me donnant ces heures de paix, me dédommageait  de mes heures de trouble...

Désormais il a une place majeure dans sa vie. Il a su s'imposer à elle, totalement, et elle a accepté cette domination avec une lucidité qui n'exclut pas l'inquiétude. Les quelques lettres que l'on a gardées d'elle sont pleines d'émotion, de trouble, de sincérité. 

"Ne me dîtes pas que vous êtes triste, tourmenté. Vous me feriez perdre la  tête. Je ne puis vivre sans être aimée de vous et s'il faut y renoncer je renonce à tout. J'ai le coeur serré comme si je ne devais jamais vous revoir "

Elle continue ses visites parisiennes le matin, mais sa vie sociale ne l'envahit plus. 

Cette mondaine notoire, coquette, qui s'installe dans un couvent, va faire de son salon, un cénacle politique et littéraire centré sur l'homme qu'elle aime, consacrant ainsi aux yeux de tous le nouveau règne sous lequel elle a choisi de vivre. 

Mais des deux côtes, il leur faut, un peu, ménager leur entourage.

 Se retrouver en tête-à tête est devenu la grande affaire de Juliette car ses proches ont bien du mal à s'habituer à cette liberté nouvelle.

 Quant à Madame de Chateaubriand en a vu d'autres! Goguenarde, n'avait -elle pas surnommer des femmes qui tournaient autour de son mari à La Vallée-aux- Loups et qui la comblaient d'attentions, les "madames" de Monsieur de Chateaubriand.

Vaille que vaille, Céleste finira par s'accommoder de Juliette.

  

L'existence de Juliette s'articule autour des volontés, des caprices et des intérêts de Chateaubriand. Le "dîner"(le repas de midi) regroupe les "pères nobles", le cousin Paul, Ballanche et Amélie.

René arrive à 15 h. précises. Ils passent une heure en tête à tête. Nul n'est reçu pendant cette heure qui leur appartient de droit. Même Mathieu, arrivé à l'improviste, n'est pas reçu et en est un peu affecté.


Puis arrivent les habitués, dont un nouveau venu, Jean-Jacques Ampère, le fils du grand physicien.

Il est né avec le siècle. Il fera une belle carrière d'historien, sera élu à l'Académie française mais, pour l'heure, il n'a pas 20 ans.

Il a été présenté à Juliette le 1er janvier 1820. Il s'est épris, au premier regard, de cette femme qui a l'âge d'être sa mère; sa platonique passion résistera aux années. "Chérubin" s'intègre à sa nouvelle famille et bientôt, il entraînera à l'Abbaye les représentants de la nouvelle génération.

En partie, grâce à Juliette et Mathieu, devenu ministre des Affaires étrangères, Chateaubriand est nommé ambassadeur à Berlin. Le poste ne l'enchante guère mais il entre ainsi à nouveau dans la carrière politique.  

Il part seul, sans Céleste. Il n'y restera que trois mois, au cours desquels il écrit très régulièrement à Juliette. Leurs retrouvailles furent très chaleureuses mais brèves car en janvier, il était  nommé ambassadeur à Londres.

Peu avant son départ, prévu en avril 1822, ils se retrouvent à Chantilly et cette rencontre, dont nous ignorons tout, restera entre eux comme un souvenir très fort, comme un nouveau mot de passe entre eux.  "N'oubliez pas Chantilly" lui écrit-il chaque fois qu'il la sent incertaine de lui. 

Il part cette fois avec Céleste. Juliette est moins sereine; il n'est pas facile d'aimer cet homme turbulent, poussé  par l'ambition et si volage.

Il passe six mois à Londres et lui écrit beaucoup; il est heureux de sa position dans cette ville qui l'a vu misérable et affamé. Il revient en septembre 1822 mais c'est pour bientôt repartir au Congrès de Vérone. Son congrès.

 

                                
En décembre 1822, Mathieu démissionne. Chateaubriand devient, à sa place, ministre des Affaires étrangères. A Vérone, il se grise de sa puissance et c'est lui qui veut et obtient l'intervention de la France pour rétablir sur le trône d'Espagne, le roi Ferdinand VII, chassé par un coup d'état libéral. 

Le succès attire autour de lui un essaim de jeunes femmes. Juliette l'a compris et elle est sans doute au courant de ses infidélités passagères et surtout de sa nouvelle passion pour Cordelia et de leur liaison.

Cet été là, Juliette s'attarde à la campagne.

Elle ne dit rien, mais le 24 octobre, coup de foudre à l'Abbaye, elle décide de partir. Le 21 novembre, accompagnée d'Améilie, de Ballanche et de sa femme de chambre, elle prend la route de l'Italie. Peu après, Chérubin viendra les rejoindre.

                  
                                     Bonnassieux--20Ballanche--20MBAL.jpeg

 

La porte se referme brutalement entre eux. Pour un égarement, il perd ce qu'il avait de plus précieux, le coeur de Juliette. Il le comprendra mieux jour après jour. 

Ce n'est pas une fuite mais un départ, longuement pensé, mûri.

Depuis le début de l'été, et peut -être avant, Juliette avait perdu son équilibre. Elle est blessée par la frénésie, l' absence de ménagement de René. Elle veut mettre de la distance entre eux. Paul veillera sur ses affaires.

Le motif invoqué, auquel personne ne croit, est la santé d'Amélie qui, à 19 ans, commence à tousser. Amélie, qui a compris les raisons qui ont poussé sa tante à s'éloigner, va se révéler une délicieuse compagne de voyage. 

À Lyon, elle reçoit deux lettres de René:

"revenez le plus tôt possible, je tâcherai de vivre jusqu'à votre retour. Je souffre cependant."

Elle ne répondra qu'un peu plus tard, de Chambery, peut -être un peu sèchement. 

"j'ai reçu votre billet de Chambery; il m'a fait une cruelle peine. Le "Monsieur" m'a glacé.Vous reconnaîtrez que je ne l'ai pas mérité."

Inconscience, mauvaise foi? . 

Ils échangeront quelques rares billets; il ne cesse de répéter "revenez "

Et des longs mois de silence. 

Non, elle ne le fuit pas, sinon elle n'aurait pas choisi cette ville que René, jeune secrétaire d'ambassade, avait tant aimée. Rome où il avait accompagné de tout l'amour dont il était capable, Pauline de Beaumont qui avait fait cet ultime voyage pour mourir dans ses bras.


Non il ne s'agit pas d'une rageuse rupture. Elle veut retrouver sa paix intérieure et choisit Rome, cette ville qu'elle aimait et qui l'avait accueillie au moment de son exil. Rome où elle avait connu une certaine douceur de vivre. 

Les voyageurs s'arrêtent une quinzaine de jours à Florence et arrivent à Rome à la mi-décembre, sous un ciel gris; Juliette s'installe dans un appartement que ses amis avaient réservé pour elle. Amélie et Ballanche vivent avec elle. Jean-Jacques Ampère dans un petit hôtel, tout proche .

A Rome, la réclame une chère amie, la duchesse de Devonshire et l'attend Adrien, devenu duc de Laval. Elle n'a aucune peine à reconstituer une petite assemblée amicale et douce. Et l'obsédante présence de René ne pèse plus sur ce nouveau salon.

Adrien, son aimable Adrien, ambassadeur de France à Rome, est, auprès d'elle, une présence officielle et affectueuse.

Delécluze, l'ami de Stendhal, qui deviendra amoureux de Juliette avant de s'éprendre, sans espoir, d'Amélie, nous a laissé des descriptions extrêmement précises de ces soirées passées dans cette aimable compagnie. Amélie, qui parle parfaitement l'italien, est enchantée de ces vacances romaines, des fêtes, des réjouissances, des bal auxquels elles sont conviées.

La féminité éclatante mais réservée de Juliette, son aptitude à écouter, à comprendre et partager les heures de sa vie avec ceux qu'elle entraîne dans son sillage, attirent toujours à elle des attachements platoniques mais parfois violents.

Rien ne lui résiste, ni les hommes les plus masculins, ni les homosexuels, ni les femmes. Mais, bien sûr, tous ignorent ses pensées secrètes tandis qu'elle se promène longuement dans les rues de Rome.

Elle revoit l'ex-reine de Hollande, Hortense de Beauharnais. Elle vit sur les bords du lac de Constance et a le droit, une fois par an, de venir voir le reste de sa famille qui vit en Italie. Mais elle est étroitement surveillée.

Les deux femmes se sont retrouvées par hasard lors d'un service religieux.

Elles ne peuvent se fréquenter ouvertement; elles mettent sur pied un stratagème. Elles se rencontreront, par hasard, au Colisée, le lendemain, puis elles se fixeront  un autre rendez-vous secret; ainsi se revoient-elles, presque tous les jours, dans des lieux différents, sous le prétexte des excursions.

 

                             blog-portrait-hortense-de-beauharnais.jpeg

                                Hortense de Beauharnais 

Un soir de bal masqué, raconte Juliette, elles avaient choisi le même costume: un domino de satin blanc. Juliette portait une guirlande de roses, et la reine un bouquet de roses de la même couleur. Juliette arrive accompagnée d'Adrien, Hortense, de Joseph Bonaparte. Choisissant un moment où l'on ne les regarde pas, elles échangent leurs fleurs.

Hortense, au bras de l'ambassadeur de France, se voit entourée de tous les personnages officiels et Juliette, de tous les Bonaparte. Quand on eut compris qu'elles portaient le même déguisement, chacun se prêta de bonne grâce à la plaisanterie, sauf quelques revêches, comme la princesse de Liéven, horrifiée à la seule idée qu'elle a pu se commettre avec un Bonaparte.

Bientôt on entre en Carême et Juliette est lasse de toutes ces fêtes. Peut -être a-t-elle été émue d'une lettre très triste de Chateaubriand; cependant il n'est pas question, pour l'instant, de revenir. Elle refuse de "se remettre dans toutes ces agitations".

Le printemps venu, on se promène à la Villa Borghèse, sur le Pincio, dans la Rome antique. La douceur romaine l'apaise. 



Le 6 juin, Chateaubriand a été révoqué, "congédié comme un laquais." La nouvelle parvient à Rome 10 jours plus tard. 

Dans ces circonstance, sans doute la présence de Juliette l'eût bien aidé, mais elle ne veut pas revenir. Elle lui envoie un mot de sympathie et le petit groupe de voyageurs part pour la baie de Naples.

On ne sait pas grand chose de la vie élégante et douce qu'elle y mena. C'est à Naples qu'on lui présenta un jeune archéologue, Charles Lenorman,t qui allait devenir le mari d'Amélie . 

Le silence persiste entre les deux amants désunis.

Elle a cependant des nouvelles par leurs nombreuses relations communes. Elle passe l'hiver à Rome. Ampère a dû repartir; par son intermédiaire, elle a fait tenir à René, une lettre qui faisait état des inquiétudes ressenties en Grèce à l'annonce de sa destitution.

Sans doute, lui proposait-elle de venir la rejoindre. Dans une lettre cérémonieuse, il décline sa proposition .

Il va falloir tout de même regagner Paris. L'appartement du premier étage s'est libéré. M.Récamier connaît de nouveaux déboires financiers dont elle doit s'occuper. Néanmoins, ce n'est pas sans regret qu'elle quitte l'Italie. 

Le 24 avril, les trois voyageurs quittent Rome; ils passent par Venise où les rejoint Charles Lenormant et où sont célébrées les fiançailles des deux jeunes gens. Un arrêt encore pour revoir une amie déchue, l'ex reine de Naples, Caroline Murat. 

 

 

 

                               

Juliette arrive à Paris le 16 mai. Les vacances romaines ont duré 19 mois. Elle envoie un mot à Chateaubriand pour lui annoncer son retour et, le jour même, il vient à son heure habituelle, comme s'il y fut venu la veille. Rien ne fut dit. Pas un mot de reproche, pas d'explications. 

" En voyant avec quelle joie profonde, il reprenait les habitudes interrompues, quelle respectueuse tendresse, quelle parfaite confiance  il lui témoignait, Mme Récamier comprit que le ciel avait béni le sacrifice qu'elle s'était imposé" (souvenirs de Mme Lenormant) 

Juliette sortait gagnante de l'épreuve, elle avait dompté le fauve, et lui avait compris ce que signifierait perdre cette femme exceptionnelle.

Il accepte l'évidence, c'est grâce à elle, grâce à leurs échanges permanents qu'il achèvera les Mémoires d'Outre -Tombe, grâce à elle, la médiatrice .`

" En approchant de ma fin , il me semble que tout ce que j'ai aimé , je l'ai aimé dans Madame Récamier , et quelle était la source cachée de mes affections."

L'incorrigible séducteur rencontrera bien encore des belles sur son chemin mais il saura le cacher, ou elle fera semblant de n'en rien savoir.


René est le charme même, ses cheveux grisonnent, ses traits sont fermes. Son corps est un peu déformé mais il est attentif sa toilette; ce qui était fort plaisant à une époque où l'hygiène était toute relative.

Juliette approche de la cinquantaine et a gardé une surprenante fraîcheur, sa taille, sa démarche, son visage,  demeurent superbes.

Mais, ce qui est plus essentiel, c'est que la véritable Juliette est advenue. Qu'importent les années, puisque son charme inaltérable vient de son élégance de coeur, d'une paix intérieure, rudement reconquise .

Elle fait faire des travaux dans l'appartement du premier étage et continue de vivre dans sa cellule.

Elle n'occupera l'appartement qu'en 1829 mais c'est cependant dans le salon du premier étage, beaucoup plus vaste, qu'elle reçoit.

 

                                 Toudouze-salon-de-Mme-Recam.jpeg

  Salon de  Juliette à l'Abbaye au bois                          

 Trois tableaux ornent les murs. Le plus imposant "Corinne au cap Misène" qui lui a été offert pas le prince Auguste. C'est une image très stylisée de Mme de Staël, une harpe à la main qui improvise, les yeux tournés vers le ciel.




                                                                              

De part et d'autre de la cheminée, un portrait de Mme de Staël à Coppet, avec son turban, un rameau d'olivier à  la main,  et celui de l'auteur d'Atala , peint par Girodet en 1808. 





     



                                                                               ***

Juliette inaugure une nouvelle vie mondaine. Deux fois par mois, elle donne une réception priée, pour un concert ou une lecture , ou une déclamation poétique. Les hôtes se retrouvent autour de petites tables. Le 25 juin 1825, une cinquantaine de personnes était conviée à écouter Delphine de Girardin lire ses poèmes et  à entendre le grand comédien, Talma.

.

                  Talma

Elle renoue avec un ami des anciens jours, Benjamin Constant, dont le libéralisme ne s'est pas démenti. A la Vallée aux Loups où elle réside parfois en été, elle revoit le Prince Auguste qui rêve encore de l'épouser, tout comme Chérubin. 

Le 3 novembre 1825, le très cher Mathieu est élu à l'Académie française. C'est chez Juliette qu'a lieu la fête à l'occasion de sa réception. Peu après il  reprend du service à la Cour. Il est nommé gouverneur du duc de Bordeaux. 

Mathieu de Montmorency 

 

Mathieu était souffrant mais pas au point d'inquiéter ses amis. Or, le vendredi saint de l'année 26, il mourut, tandis qu'il priait , à genoux, à Saint Thomas d'Aquin, le visage entre les mains. 

Juliette est profondément bouleversée. Elle s'enferme, seule, à La Vallée. Adrien est comme elle , accablé par ce deuil. Il lui écrit et, dans cette même lettre, il fait une allusion très clair à l'intérêt qu'il porte à son jeune secrétaire. 

Juliette connaissait -elle son secret  ? 

Elle s'emploie à assurer la carrière de Charles Lenormand qui a épousé Amélie en février 1826.  

Jean -Jacques Ampère, qui a enfin mûri, a entrepris un voyage en Allemagne. A son retour il est fêté rue de Sèvres et il entraîne dans la salon de Juliette de jeunes esprits très prometteurs, généralement des scientifiques.

Auguste, le fils de Mme de Staël, qui fut le jeune amoureux de Juliette, meurt en 1827.

En 1828, M.Simonard et M Bernard disparaissent à quelques semaines d'intervalle. Des "pères nobles " reste seulement M. Récamier qui, pour lors, se porte comme un charme.

Juliette est triste car elle va être séparée de ceux qui lui sont le plus chers.

Chateaubriand est nommé ambassadeur à Rome et Amélie va accompagner son mari à Toulon où il s'embarquera pour rejoindre, en Egypte, l'expédition dirigée par Champollion. 

René lui écrit presque tous les jours. Rome exerce toujours sur lui son "effet magique". Juliette lui manque, même s'il cède aux charmes d'Hortense Allart.  

"que je suis heureux de vous aimer ",  lui écrit-il.`

L'entrée dans l'hiver est sombre, la tension politique de plus en plus perceptible.

Juliette confie à un correspondant qu'elle se distrait en aidant Chateaubriand dans certaines de ses recherches:

" M. de Chateaubriand  est toujours dans ses travaux historiques, attendant avec impatience le moment de l'histoire en action".

Une décennie s'est écoulée sous le signe de René.

En mars 1830, M. Récamier qui, brusquement s'était senti fatigué, vient mourir chez Juliette.

C'est un grand choc pour elle. De l'enfant épousée sous la Terreur, il avait fait la plus jolie, la plus élégante femme de Paris et son affectueuse protection ne s'était jamais démentie et elle, jusqu'à la fin lui avait prouvé son affection. 

Tous ses proches partagent son chagrin. 

De Londres, Adrien lui écrit:

"La perte que vous avez faite, tous les souvenirs qu'elle soulève dans ma pensée,  m'engagent à vous entretenir de mes impérissables sentiments. Il y a en vous quelque chose d'élevé, de délicat, de généreux"

Elle va passer quelques jours en province mais l'abbaye est vide sans elle et  ses amis la réclament.
Amélie vient de donner le jour à une petite fille. Juliette a 52 ans. La voilà veuve et aïeule . 

La situation politique est grave, bientôt ce seront "Les Trois glorieuses".

Charles X est balayé par la révolution de 1830

 Chateaubriand, qui a tant fait pour la chute des Bourbons, ne se ralliera pas au nouveau régime. 

Ce retournement politique s'accompagne d'un retournement psychologique.

"Les coups de tonnerre qui ont foudroyé sa vie, l'ont forcé à s'attacher à elle au lieu de s'attacher à lui".

Désormais il s'en remettra à Juliette qui  saura  maîtriser ses inquiétudes, lui communiquera la force de poursuivre jusqu'au bout ses Mémoires. 

 Les événements de juillet marquent, dans sa vie sociale, un tournant. Ses vieux amis prennent leur retraite, les plus jeunes se font connaître.

Juliette a passé l'âge des fêtes, elle sort de moins en moins et n'a aucune attache avec la vie officielle, à la différence de Mme de Boigne, amie d'enfance de la reine Amélie.

Elle  n'a rien à redouter de la Monarchie de Juillet, car elle compte de nombreux amis dans cette nouvelle Cour.

 Dès que son deuil prend fin, elle peut recevoir des figures marquantes de la nouvelle génération. Elle est dégagée de certains ménagements qu'elle devait au rôle officiel de René. Juliettte saura faire de l'abbaye le sanctuaire de l'écrivain.

Tous sont passés par l'abbaye: Lamartine, Hugo, Musset, Sainte Beuve, Stendhal, qui après sa visite dit avoir vu " le grand Lama". Et ce gros garçon sympathique, ce jeune Balzac, qui était si heureux d'avoir pénétré dans ce qui lui semblait un sanctuaire " qu'il eut recours à ce qui lui restait de raison pour ne pas se jeter dans les bras de tous les assistants "
..
Entre le vieux lion et les jeunes loups romantiques, Juliette sera, une fois encore, la médiatrice. 

Tous étaient sous le charme de la maîtresse de maison, sauf Mérimée, qui la détestait et l'accusait de lui avoir volé Jean- Jacques Ampère.

Elle laisse le monde venir à elle.

Le centre de ses préoccupations demeure Chateaubriand et son cercle familial. Elle conjugue, comme elle a toujours su le faire, ses multiples amitiés et l'attrait qu'elle éprouve pour la génération montante, cette pépinière de jeunes romantiques.

Et les enfants du siècle qui accédaient maintenant au pouvoir ou à la reconnaissance publique ne l'oubliaient pas.

" Le salon de Mme Récamier était une monarchie", écrit Lamartine. Une monarchie dont René, vieillissant, mais toujours plein de charme, était le souverain. 

On commençait tout juste à se remettre des troubles qui avaient éclaté au lendemain de la révolution de juillet quand, en mars 1832, le choléra fondit sur Paris.

L'épidémie faisait rage, elle fera jusqu'à 1000 morts par jour à Paris puis elle s'étendra dans toute la France; elle ne perdra sa virulence qu'avec l'été.

 

Les gens tombaient comme des mouches, brutalement frappés. Quand on sortait de chez soi, on n'était pas sûr de ne pas être ramené mourant.

On s'organisait au mieux mais il n'y avait pas assez d'ambulances; on manquait de cercueils, de corbillards. De lourdes voitures appelées des " tapissières" transportaient les corps.

Les pouvoirs publics, les princes, les gens de bonne volonté faisaient l'impossible, allaient voir les malades. Le Premier Ministre, Casimir Périer, en mourra. Avec le choléra, une nouvelle expression entra dans notre langue "la peur bleue" qui venait de la couleur des cadavres.

Le 8 août , Chateaubriand part pour la Suisse où Juliette le rejoindra bientôt  

Elle ferme l'abbaye, les siens ont été épargnés.

Elle va s'installer dans un château près de Arenenberg, où réside son amie Hortense de Beauharnais qu'elle n'a pas revue depuis Rome.

Hortense avait perdu son frère, deux de ses fils. Auprès d'elle vivait son dernier fils, le futur Napoléon III. Alexandre Dumas, qui était allé lui rendre hommage, assista à l'arrivée tant attendue de Juliette; il raconte :

 

 

                                    Hortense_de_Beauharnais-20en-20Napoleon-20Karel.jpeg

                                       Hortense de Beauharnais et son fils 

"La reine Hortense la reçut comme une soeur. J'avais souvent  entendu discuter l'âge de Mme Récamier. Il est vrai que je l'ai vue le soir, vêtue de noir avec un voile, mais à la beauté de ses yeux, à la forme de ses mains , au soin de sa voix, je ne lui aurais pas donner plus de 25 ans "

Sans doute, exagère - t-il un peu !! Elle rejoint René et ensemble ils vont passer une soirée à Arenenberg. 
 
 

" il est de taille fort peu avantageuse. Mais il est hors de doute qu'il produit une forte  impression . C'est quelqu'un de frappant mais on point attrayant . Sa tête est superbe..Mme Récamier  avec ce tact admirable qu'elle tient de son coeur, s'effaçait, ce qui la fit d'autant ressortir , comme toujours"

Le 27 ils séjournent près du lac de Constance. Elle lui tend ses tablettes et lui demande d'écrire quelques lignes. Sur la page-même, où elle avait noté les dernières paroles de Rousseau, mourant: 

"Ma femme, ouvrez la fenêtre que je voie encore le soleil"

Il écrit "Je ne veux point mourir comme Rousseau, je veux encore voir le soleil , si c'est avec vous que je dois achever ma vie , je veux que mes jours expirent à vos pieds comme ces vagues  doucement agitées dont vous aimez le murmure

Juliette était sans doute la seule femme qui savait donner à cette âme instable, l'apaisement et le sentiment de vivre des moments parfaits. Elle avait su apporter la paix à son âme tourmentée. 

Le 15 septembre , ils font un pèlerinage à Coppet.

"j'ai revu Coppet avec des sentiments bien douloureux  J'y étais la première fois avec M. de Chateaubriand  mais au moment d'y arriver le courage me manqua  et j'y ai été seule le lendemain , j'ai vu le tombeau et mon coeur  s'est brisé "

Elle y retourne avec lui et écrit sobrement :

 "J'ai voulu dire un dernier adieu à ce tombeau;  demain je vais m'éloigner de M. de Chateaubriand . C'est ainsi que ma vie se passe "

Voici la version de Chateaubriand qui transfigure ces moments :

" Mme Récamier , pâle et en larmes , est sortie du bocage funeste . Si jamais j'ai senti à la fois la vanité et la vérité de la gloire et de la vie , c'est à l'entrée du bois silencieux , obscur , inconnu, où dort celle qui eut tant  d'éclat et de renom de renom, et en voyant ce que c'est d'être véritablement aimé"

Juliette Récamier, réapparaissant, en larmes au sortir du bois, toujours belle,vêtue de noir, rend visible et sensible au poète sa voix d'outre- tombe, dans ce lieu où Germaine, à qui ils doivent d'être ensemble, a été ensevelie.

Ce jour -là , elle lui a apporté ce dont il a le plus besoin la fidélité dans le souvenir et dans l'amour.

"Une autre vie naît quand tout ce qui attache à la vie est rompu."

C'est le secret qu'ils  en sont venus à partagés. Le secret de la naissance des Mémoires d'Outre Tombe.  

Le calme était revenu en lui. Ils rejoignent Céleste à Genève.


" Mme Récamier vient de nous quitter ; elle reviendra au printemps  et moi, je vais passer l'hiver à évoquer les heures  évanouies , à les faire comparaître une à une au tribunal de la raison"

Il décide de consacrer à Madame Récamier un livre des ses Mémoires.

Ces Mémoires, qu'il avait commencées, souvent reprises et interrompues, seront le fruit de leur alliance renouée et cette fois définitivement.

Il va y consacrer l'essentiel de son activité jusqu'à sa mort. 

En septembre, il part pour Vienne et Venise;  il voyage dans une calèche ayant appartenu à Talleyrand  "qui mangeait à Londres au râtelier d'un troisième maître".

Jamais René n'a laissé passer une occasion de l'égratigner.

Quand il évoque les négociations entre Fouché et Talleyrand, au moment de la Seconde Restauration, il écrit, avec une férocité meurtrière, qu'il vit  

"le vice appuyé sur le bras du crime ."
Mais Tallleyrand, lui , aussi était allergique à René:

 " Il se croit sourd, depuis qu'il n'entend plus parler de lui" disait - il. 

Et sur la plage du Lido, comme tous les amoureux du monde, René, l'infidèle, écrit sur le sable le prénom de Juliette et regarde les vagues, qui, l'une après l'autre, effacent les lettres.

En décembre 1832, disparaît Benjamin Constant.

Il avait été nommé président d'une section du Conseil d'Etat et le gouvernement lui fait des funérailles nationales. Un peu de leur jeunesse s'en allait avec lui.

Plus le temps passait, plus René avait besoin d'elle, de sa tendresse. Elle ne l'avait  pas métamorphosé mais l'avait rendu moins âpre, moins égocentrique.

Elle avait créé, pour lui et autour de lui, une atmosphère harmonieuse. Bientôt septuagénaire, Chateaubriand était en mesure de réaliser son projet puissant qui sera son chef d'oeuvre.








En 1834, c'est sur  son initiative et grâce à son insistance qu'ont lieu, chez elle, devant un public restreint et choisi, les premières lectures publiques et solennelles des Mémoires d'Outre- Tombe. Le retentissement fut considérable.

Les années qui s'écoulent, de ces premières lectures jusqu'à l'achèvement de son ouvrage, sont peut-être pour elle, les plus sereines, les plus émouvantes et les plus heureuses.

Des années de tendresse amoureuse, de complicité, de travail en commun, d'harmonie familiale.

Autour d'elle, Amélie et sa famille. Curieusement le jeune couple était beaucoup plus rigoriste qu'elle, beaucoup plus conformiste.

Ils auraient souhaité éloigner d'elle certaines influences qu'ils jugeaient néfastes. C'était méconnaître son besoin fondamental d'indépendance. Juliette ne protestait pas mais agissait comme elle l'entendait.

Celle qui avait incarné, lors de sa brillante vie mondaine, sous le Consulat et au début de l'Empire, l'urbanité de la vie à la française, est devenue la puissance tutélaire, capable de favoriser, de révéler, et faire se révéler ce que les lettres de France comptent de plus achevé. 

La Belle des belles, l'éclatante incarnation de la féminité, s'achemine vers son automne.

Elle vieillit  peu et bien. Elle accepte son vieillissement avec sérénité, sans le combattre. Elle a renoncé au blanc et s'habille maintenant de gris.

A une amie qui, ne l'ayant pas vue depuis longtemps, la complimentait sur son visage, elle répondit:

 "il n'y a plus  d'illusion à se faire. Du jour où j'ai vu que les petits Savoyards  dans la rue , ne se retournaient plus , j'ai compris que tout était fini. "

Nous avons de nombreux témoignages, très détaillés, de ce qu'étaient ces réunions de l'Abbaye, avec le groupe des fidèles, le cousin Paul, Ballanche, et Jean- Jacques Ampère le plus jeune, peut être le plus aimé du trio. Il est devenu l'animateur du cénacle.

Original, enthousiaste, brillant, il avait été formé par Juliette et René; ils le considèrent comme leur fils spirituel.

Le déroulement de ces réunions était toujours le même. Chateaubriand arrivait au début l'après- midi et restait seul avec Juliette. Puis les habitués arrivaient. Lui repartait, généralement  à 17 h. pour ne pas provoquer les foudres de sa moqueuse et acariâtre épouse qui ne supportait pas de dîner trop tard .


René fera encore quelques voyages mais Juliette lui manque, même s'il  ne renonce pas à séduire les femmes qui croisent sa route. 

Leur vie continue, douce, ponctuée par des séjours  hors de Paris, à la belle saison

A partir de 1836, et pendant trois ans, la santé de Mme Récamier donna des inquiétudes. En février 37, une épidémie de grippe frappait la capitale. Adrien, qui résidait dans son château en Eure sur Loir, était tombé malade mais elle était trop faible pour se rendre auprès de lui. C'est avec désespoir qu'elle apprit sa mort en juin 37. 


Adrien, le plus ancien, le plus intime, qui savait tout d'elle, dont l'amitié ne s'était jamais démentie.

En 1840, elle doit se résigner à se séparer de ceux qu'elle aime pour faire une cure à Ems. Loin d'eux, elle est triste, même si elle trouve un peu de consolation dans l'amitié que lui manifeste le marquis de Custine, fils de Delphine, cette femme qu'aima Chateaubriand.


Le marquis de Custine 

 
Ce charmant homosexuel, écrivain voyageur, qui a pour elle une immense admiration, lui fait une cour discrète.

A son retour, l'abbaye revit. Le salon retrouve son animation. En février, elle reçoit la grande et jeune tragédienne, Rachel. Au moment où elle va prendre congé, Chateaubriand lui dit: 

"Quel chagrin de voir naître une si belle chose, quand on va mourir"." Mais , monsieur le Vicomte, il y des hommes qui ne meurent pas.! "

 

 

                         

                            Rachel 

En 43, meurt le prince Auguste. Selon sa volonté le portrait de Juliette, par Gérard, qu'elle lui avait donné, lui est restitué. Chateaubriand fait encore quelques voyages. 

En 45, bien que malade, il veut revoir Venise, une dernière fois; à chaque courrier, part une lettre pour Juliette." 

Adieu Venise que je ne verra plus sans doute . Il n' y a que vous que je ne puisse me résoudre à quitter . Adieu, je vous aime, vous le savez bien. Permettez - moi de vous le redire une dernière fois . "

En 47, Céleste meurt. Chateaubriand propose à Juliette de l'épouser mais elle n'y consent point.
Elle commence à perdre la vue et la main de Chateaubriand se fait de plus en plus tremblante, son écriture de plus en plus illisible .

Le 3 mai, elle est opérée de la cataracte. L'opération a réussi. Il faut néanmoins qu'elle se repose.

Un mois plus tard, Ballanche tombe malade. Juliette ne quitte pas son chevet, compromettant ainsi sa chance de recouvrer la vue.

"Toute privée de lumière et souffrante qu'elle fut alors, elle est restée  pendant ces jours et ces nuits cruels.. Il la demandait  à chaque instant ..Pendant la dernière nuit  il lui demanda la permission   de déposer un baiser sur sa main et cette faveur fut  peut-être la seule qu'il ait jamais réclamée d'elle "

Elle avait été sa lumière mais elle lui devait beaucoup et le savait. Mieux que personne il l'avait aidée à découvrir en elle ce qu'il y avait de plus élevé, de plus profond.

On tenta, mais, en vain, d'autres opérations. Elle était condamnée à une obscurité presque totale .  

Chateaubriand ne peut plus marcher, c'est elle qui vient le voir.

Peu à peu cette brillante intelligence s'obscurcit. Il parle peu. Pourtant, en entendant que la révolution de 48 avait renversé la Monarchie de juillet, il se serait exclamé " Bien fait ".

Juliette ne le quitte plus et demeure penchée sur le petit lit de camp où il gît, sans prononcer une seule parole.

Elle se désespère de son silence et ne peut voir combien ses yeux la suivent avec angoisse dès qu'elle s'éloigne de lui.

 Elle resta à son chevet jusqu'à la fin. C'est lorsqu'elle n'entendit plus les prières qu'elle comprit que tout était fini. C'était le 4 juillet 1848. Vous savez qu'il repose, seul, face à la mer, dans un tombeau qui lui ressemble, sur le rocher du Grand Bé, à Saint -Malo . 

`Juliette mourut du choléra le 11 mais 1849.

       Mais je voudrais vous laisser sur une autre image, celle de Juliette, telle qu'elle apparut pour la première fois  aux yeux éblouis de René: jeune femme radieuse, tout de blancvêtue .


L'amour les avait réunis au chevet de leur amie commune. Juliette, aimée, trompée, perdue, regagnée, fut le grand amour de sa maturité et,  grâce aux Mémoires d'outre- tombe, leur couple est immortel. 

Dans son dernier ouvrage, La vie de Rancé, Juliette est encore présente. Chateaubriand médite sur les passions condamnées à mourir, à se défaire avec le temps, quand les mots " je vous aime " ne sont plus qu'une expression vide.

"L'amour meurt avant l'objet aimé. Cependant il est une exception à cette infirmité des choses humaines ; il arrive quelquefois que dans une âme forte un amour dure assez longtemps  pour se transformer en une amitié  passionnée .. "

Parce qu'un jour le chemin de René, au coeur innombrable et volage, avait croisé celui de Juliette, le Ciel lui avait accordé cette grâce. 

 

 

 

 

 

                                recamier_et_ballanche-2-2.jpeg

                           Juliette repose  au cimtière de Montmatre, aux côtés de son fidèle ami, Ballanche 


Calendrier

Avril 2014
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30        
<< < > >>

Contact

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés