Partager l'article ! Dumas. La vie comme un roman (I):   ...
Conférences littéraires
de Jacqueline
Baldran
Le jeune et mince dandy qui triompha dans les années 30 était d'une ambition effrénée mais ce Rastignac au grand cœur était un homme bon, généreux,fidèle à ses amis. Comme son cher Hugo,à qui le lia une indéfectible amitié, Alexandre Dumas était une force qui va "
Voyageur intrépide, il ne tenait pas en place; il parcourut tous les chemins de l'Europe,navigua en Méditerranée, traversa l'empire des tsars jusqu'à ses confins caucasiens.
Parce qu'Alexandre Dumas a tout vu, tout connu, tout vécu, sa vie est peut-être son plus savoureux roman.**
* cf Numéro Hors série Le Figaro
* * D.Zimmermann, Alexandre Dumas, le Grand( julliard)
La gloire de son père "
Dumas était, comme Hugo, fils de général. Ce père était né en 1762 à Saint- Domingue, des amours d'un petit marquis, maître d'une prospère plantation, et d'une ravissante esclave noire, Marie Cessette. En 1772, Marie–Cessette meurt victime d'une épidémie. Le marquis, avant de revenir en France, vend ses biens et ses quatre enfants.
Quatre ans plus tard, il rachète l'aîné et le reconnaît pour son fils naturel. Il devient Alexandre Davy de la Pailleterie. Le jeune homme mène une vie de fils de famille, mais il demeure un bâtard. En 1786, le petit marquis -il a alors 72 ans- épouse sa femme de charge- âgée de 32 ans. Au nom de sa mère qui ne fut pas épousée, Thomas récrimine. Le marquis lui coupe les vivres. Le jeune homme s'engage comme simple soldat, sous le nom de sa mère.
Le premier Alexandre Dumas venait de naître.
En août 89, le régiment des dragons, auquel il appartenait, fut appelé en renfort à Villers-Côtterets. Le beau dragon s'éprit de Marie Louise Labouret, fille d'un assez riche aubergiste. Ils se marièrent en 1792; entre temps, il avait fait une brillante carrière et avait été promu général.
Marie-Louise
Labouret
En 1795, entraîné dans le sillage de Bonaparte, il l'accompagna en Egypte. Les deux hommes s'entendirent fort bien jusqu'au jour où Dumas, honnête mais imprudent, pressentant l'ambition personnelle de Bonaparte, osa lui faire sentir son désaccord. Bonaparte ne lui pardonnera jamais.
En 1799, il obtint la permission de revenir en France mais il fut fait prisonnier à Naples. Deux ans de captivité dans des conditions effroyables dont il sortit estropié, à demi paralysé, atteint d'un ulcère à l'estomac. Depuis deux ans il n'avait pas touché sa solde. A son retour, en vain fit-il appel à Bonaparte.
En 1802 naquit son fils, Alexandre. Le général s'attacha passionnément à cet enfant qui l'adorait. Se sachant perdu, il demanda une audience à l'Empereur qui refusa de le recevoir. Il mourut à 40 ans. Il laissait sa famille dans une grande détresse financière. Marie - Louise, à son tour, demanda à rencontrer l'Empereur mais il refusa de la recevoir et de lui accorder la moindre pension.
Ce furent les grands–parents Labouret qui les firent vivre. Puis elle obtint la gérance d'un bureau de poste. Alexandre avait 4 ans, c'était un petit garçon tout blond aux grands yeux bleus. Marie-Louise l'entretenait dans le culte de son père.
Ville natale d'Alexandre Dumas
En 1812, les anciens compagnons d'armes du général tentèrent d'intervenir auprès de
l'Empereur pour qu'une bourse fût accordée à l'orphelin afin d'entrer dans un lycée . "je vous défends de jamais me parler de cet homme–là" aurait répondu Napoléon.
Le jeune Alexandre était vigoureux plein de vie, il ne rêvait que de sabre, d'épée. Il braconnait dans la forêt, apprenait à tirer.
A 15 ans il ressemble de plus en plus au général, ses cheveux foncent, deviennent plus crépus, ses yeux d'un bleu étonnant éclairent son mince visage, au teint mat; il est déjà une force de la nature, nul ne l'a discipliné, toute contrainte lui est insupportable. Tout le tente, même et surtout l'impossible.
A 17 ans, il se lie d'amitié avec le jeune comte de Leuven qui séjournait à Villers Cotterêts. Il commence à fréquenter quelques milieux aristocratiques. Lors d'une escapade à Paris, il voit jouer Talma et est présenté à l'illustre comédien. Au printemps 1823, Alexandre décide de tenter sa chance à Paris. Avec l'appui du général Foy, chef de l'opposition libérale, il est nommé copiste surnuméraire du duc d'Orléans.
A nous deux Paris
Alexandre se lie avec Lassagne, son sous–chef de bureau, écrivain dilettante, dont la culture l'éblouit. Lassagne, touché par l'enthousiasme du jeune homme, lui fait un programme de lectures encyclopédique. Alexandre lit inlassablement et comme il a une mémoire d'éléphant et une énorme puissance de travail, il comble peu à peu ses multiples lacunes.
Grâce à Leuven et à Lassagne, il commence à être introduit dans certains milieux
cultivés. Il mène, par ailleurs, une patiente stratégie pour s'introduire dans les salons. Il engrange patiemment travail, lectures, relations mondaines, amours.
Il est beau et fougueux, il multiplie conquêtes féminines. Sa voisine, Laure Labay, a 29 ans; elle est charmante, sérieuse. Elle dirige un petit atelier de couture. Alexandre fait sa cour, on se promène ensemble dans les bois de Meulon. Leur fils, Alexandre naît en juillet 1824. Le voici père de famille à 22 ans mais il n'a pas avoué l'enfant à sa mère. Ses supérieurs l'augmentent, il décide alors sa mère à le rejoindre à Paris.
Laure
Labay
Il écrit, en 1825, La Chasse et l'amour, qui est jouée avec un grand succès à l'Ambigu et, un an plus tard, La noce et l'enterrement, à la Porte Saint Martin. En 1827, il rencontre Mélanie Waldor, femme du monde, mariée à un capitaine d'infanterie retenu en garnison, assez loin de Paris. Elle devient l'âme sœur et son égérie et lui, un habitué de son salon. Il l'inonde de lettres passionnées, il est amoureux à sa façon, jaloux du mari.
L'irrésistible ascension d'un jeune homme pauvre 1823
–1830
Son premier drame romantique, Christine, a été accepté à la Comédie française mais tarde à être représenté. Il tombe, par hasard, sur une historiette du temps d'Henri III. Il y voit le sujet d'un drame historique, il se documente et écrit, en prose, Henri III et sa Cour. La pièce est acceptée par les comédiens du Français.
Catherine de Médicis veut se débarrasser de deux ennemis: le duc de Guise qui complote contre le roi et Saint Mégrin, son mignon, qui exhorte le roi à gouverner seul, donc à l'écarter. Saint Mégrin est amoureux de la duchesse de Guise.
Par un subterfuge de la reine, les deux amants se retrouvent seuls et s'avouent leur amour. Soudain arrive le duc; la duchesse s'enfuit mais laisse derrière elle son mouchoir. Le duc le découvre et promet de se venger. Le duc de Guise se propose comme chef de la Ligue et s'oppose à Saint Mégrin. Il contraint sa femme à donner un rendez-vous nocturne à son amant mais c'est un traquenard. Saint Mégrin se sauve par la fenêtre; 20 sbires l'attendent dans la rue et le tuent.
Henri III et sa Cour
Peu avant la Première, il obtient 250 places gratuites, de quoi placer aux endroits stratégiques, les amis qui assureront la claque.
La veille, il annonce à sa mère qu'il va la loger somptueusement dans une belle maison et que lui -même vivra ailleurs, tout près. Il lui avoue aussi qu'elle est grand–mère depuis cinq ans. D'avoir mis en scène Catherine de Médicis et son fils semble lui avoir permis de couper le cordon ombilical. Ce même jour, Marie-Louise a une attaque cérébrale; elle restera hémiplégique.
1829 – 1831. La revanche du bâtard
Henri III et sa Cour est joué le 10 février 1829 devant une salle comble. Toute l'aristocratie est là et le duc d'Orléans, lui-même. Le duc n'ignore pas la portée politique de la pièce dans laquelle s'affronte un roi et son cousin. La bataille romantique lui importe moins que le fait de pouvoir prendre la tête d'une jeunesse qui aspire au changement, et pas seulement en littérature.
Henri III et sa cour est l'expression littéraire de la coalition de 1829-1830 entre libéraux et orléanistes. Par delà la peinture d'un adultère passionnel, il est clair que l'intérêt historico–politique repose sur un habile système d'allusions contemporaines. D'ailleurs, Michelot qui représente le roi Henri III est grimé de façon à ressembler à Charles X.
Mademoiselle Mars
Alexandre avait envoyé des invitations à Vigny et à Hugo. Il ne les connaissait pas encore, mais il savait cependant qu'ils étaient de son âge, partisans comme lui de la nouvelle école. Ils vinrent le remercier à la fin du spectacle. Ainsi naquit l'amitié qui allait, pour un temps, les unir.
Somptuosité des costumes d'époque –payés par les comédiens -et des décors, reconstitution minutieuse des meubles et accessoires. La pièce fut jouée 38 fois avec les plus belles recettes malgré les cabales des auteurs classiques. La pièce fut brutalement interdite. Le roi Charles X s'était brusquement avisé que Henri III et son cousin Guise représentaient le présent monarque et son cousin d'Orléans. Il est évident qu' Henri III et sa Cour n'est pas sans intention politique.
Peindre Henri III et son royaume divisé, n'est–ce pas en appeler à un Henri IV qui sauvera le trône ?
Charles IV fut le dernier des Capétiens, Henri III, le dernier des Valois. Charles X ne serait – il pas le dernier des Bourbons? Le duc d 'Orléans n'ignore pas la portée politique de la pièce et il n'hésite pas à se déclarer en faveur le la jeunesse romantique
Philippe d' Orléans raconte à Alexandre qu'il a été convoqué par Charles X
`Savez – vous ce qu'on assure, mon cousin, qu'il y a dans vos bureaux un jeune homme qui a fait une pièce où nous jouons un rôle tous les deux. Moi, celui d' Henri III et vous celui du duc de Guise.
Orléans aurait alors répondu:
Sire , on vous a trompé, pour trois raisons: la première c'est que je bats pas ma femme: la seconde c'est que la duchesse d'Orléans ne me fait pas cocu; la troisième, c'est que votre majesté n'a pas de plus fidèle sujet que moi."
Michelot ,qui représente le roi Henri III, est grimé de façon à ressembler à Charles X. Au prix de menues concessions Michelot doit changer de tête. L'interdiction est levée. Malgré le succès la bataille continue à faire rage dans les journaux.
Henri III Charles X
Stendhal écrit dans un article publié en Angleterre:
"La plus séduisante des nouveautés qui ont paru ici, c'est Henri III et sa cour de M. Alexandre Dumas. Cette pièce, dans le genre de Richard III de Shakespeare représente la cour d'un monarque faible. Elle a sans doute de grands défauts ; elle est néanmoins profondément intéressante et sa représentation peut être regardée comme l'événement littéraire le plus remarquable de cet hiver.
Dans le Mercure:
" J'ignore si M. Dumas a fait un ouvrage conforme à la poétique de M. Hugo, mais il a fait une pièce admirable. "
Du côté des adversaires:
" Les anarchistes de la littérature ont envahi la scène française ..."
" Nous voudrions qu'il fût possible d'appliquer une peine et aux auteurs qui choisissent de pareils sujets et aux acteurs qui emploient un admirable talent à les faire réussir."
" une conspiration flagrante contre le trône et l'autel"`
" La royauté et le religion sont livrées aux bêtes de l'amphithéâtre".
Par cette pièce, Dumas fait voler en éclats les sacro- saintes unités d'action et de lieu, montre sur scène ce qui chez les classiques se déroule en coulisses. Certes, l'analyse des sentiments et des caractères manquait de profondeur mais le drame touchait.
Etait–ce de l'histoire ? pas plus et pas moins que Walter Scott. L'époque voulait de l'action violente, des duels, des complots, des haines politiques. L'Histoire que proposait Dumas était celle que souhaitait le public français, colorée, toute en contrastes, les Bons, les Méchants. Le public était ce peuple du parterre qui avait fait la Révolution, les guerres de l'Empire. Bref, ce peuple qui avait fait l'Histoire.
Au coeur de la bataille romantique
Cette année – là , Victor Hugo vient d'achever Marion Delorme, mais la pièce est interdite par la censure en août 1829. Hernani est jouée le 25 février 1830. Dumas décide de reprendre sa Christine et de donner sa pièce à l'Odéon; c'est la sculpturale Mlle George, ex-maîtresse de Napoléon, qui tiendra le rôle de Christine. La pièce est donnée le 30 mars 1830.
La pièce est trop longue; il faut la reprendre. Alors qu'Alexandre reçoit superbement ses amis pour un fastueux souper, Hugo et Vigny s'emparent du manuscrit et se mettent au travail.
Quatre heures plus tard, alors que les convives sont couchés, " ils laissèrent le manuscrit, prêt à la représentation , sur la cheminée, et sans réveiller personne, ils s'en allèrent, ces deux rivaux, bras dessus, bras dessous, comme deux frères...une chose inouïe dans les fastes de la littérature. "
La vie sentimentale d'Alexandre est chaotique. Sans avoir rompu avec Mélanie, il a séduit une comédienne, Belle Kreslamer. Mélanie, aigrie, le poursuit de son dépit amoureux. Marie–Louise, sa mère, se plaint d'être seule, infirme, abandonnée.
Son refuge est le salon de l'Arsenal dont Nodier a été nommé bibliothécaire. Alexandre est devenu un familier de la maison. Chaque dimanche, il y retrouve ses amis et il a sa place attitrée à table, entre Mme Nodier et sa fille la délicieuse Marie.
Charles Nodie
r-
et sa fille Marie
Comme il possède un talent de conteur égal à celui de Nodier, c'est souvent c'est lui qui anime la soirée en racontant, avec verve, son enfance, son père, ses démêlés avec Mlle Mars.
Il achève Antony, très inspiré par sa liaison avec Mélanie Waldor. C'est un drame en 5 actes et en prose qui met en scène l’amour impossible entre Antony, un bâtard sans nom, et la douce Adèle qu’on a mariée contre sa volonté. Ils cèdent à leur passion et leur liaison s’achève tragiquement.
Le comité du Français reçoit Antony à l'unanimité. La censure interdit la pièce. L'insurrection éclate, Dumas va y prendre part. Ce sera le récit de la Fronde dans Vingt ans après. Il va seul s'emparer d'une poudrière à Soissons.
Il s'est beaucoup amusé, il a fait le coup de fusil, a sauvé le casque et la cuirasse de François Ier; il est invité au dîner que le roi donne pour fêter le nouveau régime. Alexandre est républicain mais il aime avec passion Ferdinand, le fils aîné de Louis-Philippe. Le très jeune homme, alors duc de Chartres, avait souhaité rencontré Alexandre. Ils étaient devenus des amis très proches et Alexandre avait pour lui l'affection d'un grand frère..
le Duc de
Chartres
Dumas est l'homme des Orléans, c'est avec la protection du futur souverain qu'il avait eu une sinécure, à savoir un poste de bibliothécaire. C'est pourquoi il est prêt à se compromettre avec le nouveau régime. Mais la lune de miel durera peu. Devenu roi, Louis- Philippe fait un peu grise mine au trop libéral Dumas, sans lui retirer son appui ambigu. Il entre dans la garde nationale.
En clair, la révolution de 1830 n'a rien changé aux conditions du conflit entre l'individu et la société, mais elle a permis d'en prendre plus clairement conscience. La pensée de Dumas évolue; l'amitié du Prince est un étrange et dangereux privilège. Il démissionne de son poste de bibliothécaire et dans sa lettre au "Roi des Français", il proteste de son amour pour la personne royale mais déclare que:
"Le dévouement aux principes passe avant le dévouement aux hommes. "
Après 1830, le tableau change insensiblement. La situation est explosive en cet automne 1830. Crise économique, inflation, chômage galopant, faillites. On peut lire en écho l'analyse que fera de 1830, Tocqueville:
"En 1830, le triomphe de la classe moyenne avait été si complet que tous les pouvoirs politiques, toutes les prérogatives, le gouvernement tout entier se trouvèrent renfermés et comme entassés dans les limites étroites de cette seule classe, exclusive en -droit, de tout ce qui était au- dessous d' elle, et, en fait, de tout ce qui avait été au – dessous. La classe moyenne devenue gouvernement, prit un air d'industrie privée, elle se cantonna dans son pouvoir et bientôt dans son égoïsme".
La censure ayant momentanément disparu, Antony devrait entrer en répétition en octobre avec Mlle Mars et Firmin dans les rôles principaux. En octobre Mlle Georges l'oblige à écrire un Napoléon Bonaparte ou 30 ans de l'Histoire de France. Le rôle principal est attribué à Frédéric Lemaître, l'étoile montante. Une pièce médiocre.
Le 5 mars naît sa fille Marie Alexandrine et Belle obtient de lui qu'il reconnaisse l'enfant. Il en profite pour reconnaître le petit Alexandre. Ce qu'il fait le 17 mars. De son côté, la mère fait de même le 21 avril. Les deux parents vont désormais se battre pour la garde de l'enfant. Le père gagne, le jeune Alexandre doit aller vivre chez Belle jusqu'à ce que Dumas la quitte pour Ida Ferrier.
L'enfant est mis en pension où l'on sut très vite qu'il n'était qu'un bâtard et vécut un enfer. Pendant ce temps Antony dépérit à la comédie Française. Les acteurs ne conviennent pas à un drame aussi novateur. Ils exigent des modifications.
" Nulle femme n'était moins capable que Mlle Mars de comprendre le caractère tout moderne d'Adèle, avec ses nuances de résistance et de faiblesse, ses exagérations et de repentir.. d'un autre côté, nu homme n'était moins capable que Firmin de reproduire la mélancolie sombre , l'ironie amère, la passion ardente et la divagation philosophique du personnage d'Antony.
Selon les Mémoires de Dumas, Mlle Mars aurait demandé de retarder la Première de trois mois, le temps qu'on installe un nouvel éclairage qui mettra ses toilettes en valeur, puis elle se serait mise en congé maladie; sans doute ne sentait–elle pas faite pour ce rôle et cherchait ainsi tous les moyens de décourager l'auteur.
Victor Hugo a porté sa Marion Delorme à Crosnier, directeur de la Porte Saint Martin, et incite Alexandre à faire de même mais lui préfère s'adresser directement à Marie Dorval.
La comédienne est bouleversée par la pièce. Mais elle lui demande de refaire le dernier acte qu'il avait dû édulcorer pour complaire à Mlle Mars. il s'exécute. Dorval propose Bocage pour le rôle d'Antony.
" Un beau garçon de 34 à 35 ans; avec de beaux cheveux noirs, de belles dents blanches et de beaux yeux voilés pouvant exprime trois choses essentielles au théâtre : la rudesse, la volonté, la mélancolie"
Bocage, qui lit la pièce, est saisi: ce n'est ni une pièce, ni un drame, ni une tragédie, ni un roman, c' est quelque chose qui tient de tout cela. "
Bocage
Désormais, Alexandre connaît parfaitement son métier et il se fait metteur en scène et dirige les comédiens.
"Les acteurs développent des qualités inconnues à eux – mêmes. Dorval, à côté des choses du coeur, avait des effets de dignité dont je l'eusse cru incapable et Bocage, à qui je n'avais accordé d'abord qu'une certaine sauvagerie misanthropique, avait des moments de tristesse poétique et de mélancolie rêveuse que je n'ai vu qu'à Talma"
La première a lieu le 3 mai 1831. Mélanie Waldor est dans la salle; émaciée, "un spectre sinistre de maigreur ", elle est blême dans sa robe rouge: elle regarde Dumas ; elle est un reproche incarné.
La salle est transportée d'enthousiasme. C'est un triomphe. Marie Dorval est sublime.
Le triomphe d'Antony, le 3 mai 1830 est l'une des rares victoires indiscutables du drame romantique, le chef d'oeuvre de Dumas.`
(suite . La vie comme un roman II)