Conférences littéraires
de Jacqueline
Baldran
"Mademoiselle Mars est la perfection vivante, elle qui a si merveilleusement compris les grandes dames de Molière et les belles dames de Marivaux.
" Quand elle élève la voix pour dire les vers de Molière ou la très spirituelle prose de Marivax , vous croiriez entendre le son argentin d’une duchesse de Louis XIV ou de Louis XV ; votre oreille attentive et charmée confond dans son admiration le poète et l’actric ; vous comprenez que vous êtes dans un salon de la meilleure compagnie.
Elles étaient toutes les deux, des enfants de la balle, deux jeunes filles qui luttèrent contre la pauvreté avant de régner au théâtre.
Deux comédiennes incomparables et pourtant les aléas de la vie théâtrale et peut-être la malignité de V.Hugo les réunira sur un même plateau, en 1836 .
Mlle Mars est infiniment séduisante. Marie est "pire que belle", dit-elle d'elle-même.
Elle sera riche et mourra dans l'opulence. Marie Dorval ne saura jamais compter et mourrra dans le plus extrême dénuemement
La première est surnommée " le diamant de la Comédie française" , la seconde est l'incarantion même du drame romantique .
Comment comparer ces deux femmes ?
Mlle Mars a fait revivre le grand siècle et le XVIIIe siècle. Elle fut la gloire de la Comédie française.
Marie Dorval, emportée, passionnée, fut comédienne par instinct, comme Mlle Mars était comédienne par la nature et par l'étude.
Deux conceptions du jeu dramatique. Mademoiselle Mars c'est la rigueur, l'élégance, la réserve; Marie c'est la passion, l'instinct. Marie était comédienne avec son coeur, comme Hipolyte Mars était comédienne avec son esprit.
La voix de Marie, c'est d'abord un soupir voilé, puis un sanglot, une voix rauque, blessée ou tendre, et si puissante pourtant qui dit le désespoir de toutes les femmes
Vingt ans les séparent. Mademoiselle Mars est née la même année que la mère de Marie. Chacune, dans son registre, sera le meilleure.
Marie Dorval fut la jeunesse du drame romantique. Elle en a incarné les plus touchantes, les plus belle héroïnes. Et quand le drame romantique cessa de plaire, il l’entraîna dans son déclin.
Sa vie avait commencé dans la misère. Puis elle connut les plus brillants succès, les hommages les plus prestigieux et, pourtant, elle mourût presque oubliée dans le désespoir et le dénuement.
Le vie a brisé cette femme toute de passion qui, comme l’héroïne de Stello qu’elle avait interprétée d’une façon bouleversante, tomba comme un oiseau blessé.
Dans l’histoire de la littérature féminine, Germaine de Staël est une figure singulière. Les divers aspects de sa personnalité constituent un mélange détonant. Fille du puissant ministre Necker, héritière des Lumières, elle est une philosophe et une tête politique et elle eut le courage de se lancer hardiment dans un domaine essentiellement réservé aux hommes. Elle fut une pionnière du libéralisme politique; elle lui a ouvert la voie et inspira l’œuvre de Benjamin Constant, qui s’en fera la champion sous la Restauration
Le libéralisme s'est historiquement construit contre l'absolutisme; ce terme désigne l'ensemble des thèses qui fixent des limites à l'action de l'Etat: Chaque être humain possède des droits fondamentaux qu’aucun pouvoir n’a le droit de violer. Son rôle légitime est la protection des libertés individuelles. L'État assure les fonctions dites "régaliennes" de police, de justice et de défense.
Elle écrivit des Essais majeurs qui l’ont mise sau rang des premiers écrivains de son temps.
Elle a une immense culture, une prodigieuse intelligence, un brillant esprit d’analyse et de synthèse, une remarquable hauteur de vue. Certes, elle n’est pas impartiale; elle est présente dans tous ses écrits avec sa spontanéité, son enthousiasme, sa bonne volonté, son désir éperdu de comprendre, son naïf orgueil parfois.
Une biographie de Germaine de Staël peut
aussi ne se nourrir que de la relation de sa vie amoureuse, de ses passions cataclysmiques et "laisser dans l’ombre ce qui fait d’elle avec Chateaubriand l’auteur le plus connu, le plus
admiré et le plus contesté de son temps" (Michel Winock)
Comme lui, dans un autre registre, elle incarne le passage des Lumières au Romantisme.
Mais elle était aussi une femme passionnée, toujours en quête de l’amour absolu et ne pouvait accepter de séparer à jamais des hommes qu'elle avait aimés. Avec ses amants qui s'éloignaient, elle en usait parfois avec l'âpreté d'un homme de loi; elle leur rappelait les paroles données les promesses échangées.
Elle n‘était pas belle, elle manquait de grâce et d’élégance et, pourtant, elle ne cessa de séduire des jeunes hommes intelligents, beaux parfois comme des Adonis, Avec les années, elle devint même laide mais son dernier amour Roca, beau cavalier, avait 22 ans de moins qu’elle.
Si célèbre de son vivant dans toute l’Europe, elle est méconnue maintenant, à peine citée dans les manuels.
Germaine de Staël savait que désormais n'avait plus rien à attendre de l'Empereur . De son exil à Coppet elle fit un lieu privilégié, un carrefour international où se rencontrait l'élite intellectuelle de toute l'Europe.
A Coppet s'écrivirent ou se préparèrent nombre d'ouvrages importants et dans lesquels on peut reconnaître la manifestation du premier romantisme français.
Cétait un caravansérail qui hébergeait environ une vingtaine d'hôtes.
Parfois, son amie, la belle Juliette Récamier, venait y apporter sa grâce, son élégance
Parfaite maîtresse de maison, Madame de Staël veillait à tout. Elle avait le sens de l'hospitalité mais sans faste; elle se refusait à toute dépense somptuaire. Les repas avaient assez peu d'importance dans cette demeure tout occupée des plaisirs de l'esprit .
Monter des pièces de théâtre était l'une des distractions favorites.
.
À Coppet, il n'y avait aucune règle, aucun protocole pour entraver la liberté des hôtes , mais, lorsqu'un sujet de conversation était lancé, la conversation pouvait se prolonger tard dans la nuit.
"Il faudra que Madame de Staël disparaisse pour que le groupe se défasse. Mais ceux qui lui ont
appartenu, conservèrent un souvenir émerveillé de ces années; ils ont étéformés à une même école, celle de la générosité, de la curiosité de l'esprit, de la générosité d'âme et de la fraternité,
par delà les frontières, et même par delà les idéologies".
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Université permanente de la ville de Paris Octobre 2011
Lettre de Jules Michelet à Dumas
"J'avais besoin depuis longtemps de vous écrire, de vous exprimer l'étonnement où me tient votre inépuisable génie, le fleuve immense de votre invention.Vous êtes plus qu'un écrivain. Vous êtes une des forces de la Nature, et j'ai pour vous les sympathies profondes que j'ai pour elle-même. »
La lettre de Jules Michelet à Alexandre Dumas ... constitue le plus magnifique des frontispices à disposer à la première page de tout essai - aussi modeste fût-il -, sur l'écrivain le plus mystérieux du dix-neuvième siècle
Claude Schopp, le plus éminent spécialiste de Dumas
Alexandre Dumas fut sans doute la plus flamboyante incarnation du romantisme. Écrivain protéiforme, il emprunta tous les chemins de la création littéraire; il nous a laissé une œuvre monumentale.
Plus de 200 pièces de théâtre, une immense œuvre romanesque, dont
la trilogie des Trois mousquetaires et Monte Cristo ne sont qu'une infime partie.
Il nous raconte toute l'histoire de France, depuis le Moyen-Age jusqu'à la Révolution.
Ses nouvelles et ses brefs romans, ses contes fantastiques, ses récits de voyage, son dictionnaire de cuisine, nous révèlent des facettes peu connues de son immense talent.
Mais, sans doute à cause de son immense succès populaire, son oeuvre fut longtemps considérée avec condescendance par la critique universitaire et n'eut pas l'honneur de figurer dans les manuels scolaires.Depuis quelques décennies, néanmoins on a commencé à lui rendre justice, jusqu'à l'apothéose que fut le transfert de ses cendres au Panthéon.
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Avec Henri III et sa cour, Dumas a écrit le premier drame romantique historique , le premier, il a fait voler en éclats les sacro- saintes unités d'action et de lieu, a montré sur scène ce qui chez les classiques se déroulait en coulisses.
Henri III et sa cour Dernière scène d'Antony
Avec Antony, il a innové car cette pièce, qui connut un incroyable succès, est le premier drame moderne du théâtre romantique. Il a gagné son pari et règne sur le théâtre français.
Il excelle à introduire des remarques ou des allusions politiques mais, comme il est parfois imprudent, il se heurte alors à la vigilance de la censure. Désormais, il ne cessera plus d'écrire pour le théâtre; certes, il y des fours mais, en son temps, il a triomphé sur la scène, comme jamais Hugo ne triomphera.
Il est célèbre et le restera jusqu’à sa mort. Son train de vie devient fastueux. Il est généreux avec ses nombreuses femmes. L'argent coule à flots.
" M. Dumas est une des plus curieuses expressions de l'époque actuelle. Passionné par tempérament, rusé par instinct, courageux par vanité, on de coeur, faible de raison, imprévoyant de caractère, c'est tout Antony pour l'amour, c'est presque Richard Darlington pour l'ambition... franc avec indiscrétion, obligeant sans discernement, oublieux jusqu'à l'insouciance.. riche en illusions, et en caprices, pauvre de sagesse et d'expérience... aussi aimable par ses défauts et pas ses qualités, plus séduisant par ses vices que par ses vertus; voilà M. Dumas tel qu'on l'aime, tel qu'il est, ou du moins tel qu'il me paraît en ce moment; car obligé de l'évoquer pour le peindre, je n'ose affirmer qu'en face du fantôme qui pose devant moi je ne sois pas sous quelque charme magique ou quelque magnétique influence »
Pendant la première partie de sa vie, Dumas, aux yeux du public et de la critique, avait été " l'homme – théâtre" A partir des années 30, il va s'engager dans d'autres voies, se révéler un maître de la nouvelle, un vulgarisateur historique fécond, renouveler l'art du récit de voyage, faire triompher le roman feuilleton.
Fabulateur ingénieux, brillant en société, ayant beaucoup appris empiriquement mais aussi à l'école de Nodier, qui raconte de charmantes histoires à partir d'une banale anecdote, il sait désormais conjuguer le dialogue, qui est le fait du drame, et le récit qui est le fait du roman. En 1835, il reprend et développe deux des premières nouvelles, qu'il avait publiées, dix ans plus tôt, dans un recueil dédicacé à sa mère. Il y ajoute 13 histoires courtes qui formeront le recueil " Souvenirs d'Antony"
Néanmoins, il ne s'était pas encore lancé dans l'immense entreprise, qui plus que ses drames, allait assurer sa gloire: le roman historique.
Pendant la période qui va de 1838 à 1848, jamais on n'avait vu fécondité pareille. Toute l'histoire de France y passe. Dans cette énorme production, peu d'échecs.
Bien des Français et des lecteurs étrangers ont appris l'histoire de France dans Dumas. Elle n'y est pas entièrement vraie; elle est loin d'y être entièrement fausse, mais elle est toujours merveilleusement dramatique.
Alexandre a de l'argent. Alors, il le dépense, sans compter. Depuis 1843 tout en conservant un appartement à Paris, il a loué, à Saint- Germain- en -Laye, la "villa Médicis" où il reçoit le Tout-Paris.
Il y a pris, en location, un théâtre où se produisaient " les meilleurs artistes de Paris ". Il y faisait venir la Comédie française, logeait, nourrissait les comédiens, garantissait la recette et à ce jeu perdait des fortunes. Sa cour et son harem grouillaient joyeusement autour de lui. Pour le voir de près, les curieux affluaient, lui, bon prince, serrait toutes les mains.
Le roi, surpris, demanda un jour à l'un de ses ministres - "Qu'a donc Saint Germain à se trémousser ainsi ?" - "Sire, votre Majesté veut - elle que Versailles devienne gai jusqu'à la folie ? Dumas, en 15 jours a galvanisé Saint Germain. Ordonnez –lui de passer 15 jours à Versailles."
La ville ressuscitait, les hôtels étaient complets.
de Paris à St Germain en Laye gare de Chatou
Le chemin de fer avoue "une augmentation de recettes de vingt milles francs par an, " depuis l'arrivée d'Alexandre. Au point que le roi, dans un Versailles désert, en prend ombrage.
Sa cour, son harem, grouillaient joyeusement autour de lui et le chemin de fer de Paris à Saint Germain vit ses recettes monter. Pour le voir de près, les curieux affluaient, lui, bon prince serrait toutes les mains.
Son théâtre historique, inauguré avec La reine Margot, lui apporte de fabuleuses recettes. Comme Dumas ne distingue pas vraiment ce qu'il écrit, de la réalité, il se fait construire un château Renaissance. Le nom de ce château? Monte- Cristo.
Pendant la révolution, le théâtre a constitué une vraie caisse de résonance des émotions et des idées d'un peuple en effervescence, qui, même pendant les années les plus terribles de la Terreur, se ruait dans les multiples théâtres qui avaient ouvert leurs portes dès 1790.
Théâtre de la Porte Saint -Marin en 1790
Rien ne peut mieux souligner ce rôle éminent de propagande que la remarque de Louis XVI à la lecture qui lui fut faite du Mariage de Figaro:
" Cela ne sera jamais joué. Il faudrait détruire la Bastille pour que la représentation de cette pièce ne fut pas une conséquence dangereuse. Cet homme se joue de tout ce qu'il faut respecter dans un gouvernement "
Des années plus tard, Napoléon rappelant cette représentation-qui eut lieu car Louis XVI finit par céder-, déclara :
"Le mariage de Figaro, c'est déjà la révolution en action"
En 1790, une autre pièce de théâtre, Charles IX ou la conspiration , dont l'auteur était Marie-Jospeh Chénier, le frère du poète qui devait mourir sur l'échafaud, eut une importance équivalente. Danton se déchaîna à la tribune pour que cette pièce fût jouée et lorsque, malgré l'interdiction, elle fut représentée, Danton s'écria:
Université permanente de la Ville de Paris
Hugo, Dumas, Vigny...
Quelle magnifique constellation! Hugo et Dumas ont le même âge,Vigny est leur aîné de 5 ans. Des fées se sont penchées sur leurs berceaux, donnant à chacun le talent, le génie et la beauté.
Car, au moment où nous allons les rencontrer, ils sont beaux tous les trois :Victor,"l'archange", Alexandre, dont le pâle visage romantique est éclairé par des yeux d'un bleu saphir, et Alfred, "chérubin aux traits fins et spirituels "follement élégant dans son bel uniforme."
Trois jeunes hommes dévorés, chacun à leur façon, de l'ambition de réaliser leur destin d'écrivains, trois jeunes adultes qu'accompagneront longtemps, et peut être
jusqu'à la fin de leur vie, les ombres prégnantes d'un père et d'une mère.
Trois amis enfin qui partageront,Vigny plus discrètement qu'Alexandre ou que Victor, un goût immodéré pour les femmes.Trois amis mais aussi trois rivaux dont cette anecdote porte l'éloquent témoignage.
Victor Hugo dit à Dumas: "Je suis furieux contre Vigny. Il raconte partout qu'il a écrit la première pièce romantique." Et Dumas de répondre: "Vous avez raison. C'est insupportable. Tout le monde sait que c'est moi ".
Leurs interprètes Mademoiselle Mars Marie Dorval

Bocage Mademoiselle Georges Frédéric Lemaître
Mais l'amitié triomphera. Dans une lettre au fils d'Alexandre, Hugo écrit "Alexandre Dumas est un de ces hommes qu'on peut appeler les semeurs de civilisation. Nous avons été jeunes ensemble.
Je l'aimais et il m'aimait. Alexandre Dumas n'était pas moins haut par le cœur que par l'esprit; c'était une grande âme bonne."
Prêter au diable les traits d’une séduisante créature n’était pas une innovation en littérature mais en jouant ainsi avec le Diable Cazotte s'était engagé, peut-être sans en avoir clairement conscience , sur le dangereux terrain de l'occultisme..
Mais surtout, en jouant avec subtilité du réalisme et de la fantaisie, il a donné naissance à un genre littéraire appelé à une incroyable fortune “ le fantastique ”.
Université permanente de la Ville de Paris
Le 25 septembre 1792, place du Carrousel, un homme monte à l’échafaud ; il a 73 ans, mais il semble plus âgé encore, on dirait un grand vieillard`, nul ne peut dire quel crime il a commis; il est inconnu de la foule qui va contempler son supplice; avant de descendre de la charrette, il a retiré ses besicles, les a soigneusement essuyées avant de les ranger dans un boîtier métallique ; sur le banc il a laissé son livre de prières et sa redingote mais il a gardé sa canne pour gravir les marches de l’échafaud ; avant qu’on ne le pousse sur la planche il lance un dernier défi :
“ Je meurs comme j’ai vécu, fidèle à Dieu et à mon roi!.”
En prononçant cette ultime phrase Cazotte semble vouloir disparaître en aristocrate, mais en vérité cette formule a une autre portée, plus secrète. Elle est une formule en usage chez les Illuministes. Comme si, à son heure dernière, Cazotte refermait la boucle de son destin car l’illuminisme avait été la première étape sur le chemin qui le conduisit à la guillotine.
Tous les romans de
Prévost sont des mémoires et se
présentent comme une méditation sur
un temps révolu. Ses héros entrent
très tôt dans la vie active, vers
15 ou 16 ans. Moins de 10 ans plus tard, ils ont vécu et ne feront plus que réfléchir sur leurs malheurs et s'interroger sur
leur brève destinée. Dans toute son oeuvre, il semble marcher à reculons et chercher dans son passé l'origine de sa condition malheureuse.
Ses deux romans historiques sont un modèle du genre. Il a réussi à lier la tragédie individuelle à l'évolution d'une époque, à faire revivre le passé et à apporter àl'histoire une psychologie complexe et réaliste mais il est trop connu comme romancier pour qu'on lui accorde vraiment crédit et ses successeurs seront à la fois des romanciers comme Walter Scott et des historiens comme Augustin Thierry, cependant la postérité ne le reconnaîtra pas.
C'est, dirait-on, le sort de Prévost. En son temps, tout le monde le lit, il est appréciéd'un immense public, lié aux écrivains les plus connus mais jamais on ne se réclame de lui, il n'inspire pas confiance; il est célèbre et incompris, Prévost d'Exiles , plus que jamais
L'aventureux destin de l'abbé Prévost I
Université permanente de la Ville de Paris Octobre 2010
Le romancier connu sous le nom de l'abbé Prévost a gardé malgré de nombreux travaux d'érudition bien des pans mystérieux.
La majeure partie de son oeuvre demeure inaccessible; il existe une seule édition complète de ses romans, aux Presses Universitaires de Genève En revanche, il y a des centaines d'éditions de Manon Lescaut.
Pendant longtemps des biographies très hagiographiques l’ont présenté comme un religieux tranqiille, soustrait aux passions. Jusqu’à ce que des travaux plus récents aient révélé une personnalité beaucoup plus complexe et une destinée infiniment plus tourmentée: découvertes de fiches de police, d’actes de faillites plus ou moins frauduleuses à partir desquelles s’est alors dessinée la silhouette d’un aventurier faible, un peu escroc.
Apologie et réquisitoire tournent en rond autour de ce seul problème: fut – il bon, fut- il méchant? En fait la vie de Prévost se prête à ces interprétations opposées dans la mesure où elle fut véritablement double.
Une seule certitude absolue, il était écrivain et jamais il ne cessa d’écrire même pendant les moments les plus aventureux de sa vie.
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